







Traduction du billet de blog "A different game. On football’s extreme commercialization" de Branko Milanovic
Indonésie: le FC Rainfall utilise le terrain de football comme un terrain de lutte
Depuis quelques années, l'Indonésie voit l'émergence de clubs alternatifs opposés à la fédération officielle (PSSI) et au gouvernement. Le FC Rainfall est probablement le représentant de ce mouvement avec le projet le plus avancé. Ramadhan Sigih Pratama nous en parle dans cet article initialement publié sur le média Halimun Sakala. Ce n’est pas un phénomène nouveau que les terrains de football deviennent des champs de résistance face à l’arbitraire du pouvoir. Il suffit de jeter un regard sur l’Histoire, en 1930, quand un ingénieur civil a tenté d’insuffler un esprit de lutte en fondant une fédération destinée à s’opposer au gouvernement colonial néerlandais. Son nom: Soeratin Sosrosoegondo. Sous l’administration coloniale néerlandaise, la fédération de football indonésienne – aujourd’hui appelée PSSI (Persatuan Sepak Bola Seluruh Indonesia) – cherchait à s’opposer au pouvoir à travers le football. Outre le rejet de toutes les formes d’oppression, elle combattait également la commercialisation du football menée par les autorités des Indes néerlandaises. La popularité croissante du football parmi la population locale était exploitée par le gouvernement colonial pour engranger des profits considérables. De plus, les Néerlandais interdisaient aux indigènes de participer à l’industrie du football, entièrement contrôlée par la fédération coloniale NIVB (Nederlands Indische Voetbal Bond). Celle-ci n’accordait qu’aux Européens blancs le droit de jouer au football. Les indigènes en étaient exclus sous prétexte d’une prétendue inégalité de niveau entre autochtones et Européens. Il s’agissait évidemment d’une discrimination flagrante envers les Indonésiens. Face à cela, le dégoût du peuple indigène envers le gouvernement néerlandais ne faisait que s’amplifier. À cette époque, le football avait progressivement cessé d’être un divertissement pour toutes les couches de la société. Quittons un instant l’époque coloniale. Près d’un siècle plus tard, en 2023, naît un club de football issu de la base, fondé par ses propres supporters, nommés les Deer Troops. À l’image de Soeratin, ce club alternatif originaire de la “Ville de la Pluie” porte aussi un esprit de résistance par le football. Il s’appelle FC Rainfall: une équipe alternative qui veut offrir une antithèse à l’industrie du football indonésien qui est selon eux gangrénée par la corruption, la commercialisation à outrance, la violence, les matchs truqués et d’autres formes de dérives. Aujourd’hui, la fédération indonésienne, qui a 95 ans, s'est éloignée des intentions initiales de son fondateur. L’histoire de l’Indonésie a pourtant démontré que le football ne se limite pas à donner des coups de pied dans un ballon; il peut devenir un outil de résistance face au pouvoir en place. Lors des matchs du FC Rainfall, il n’est donc guère surprenant de voir autour du terrain des banderoles contestataires, des drapeaux de lutte et des chants critiques résonner depuis les tribunes. L'alliance du foot et de la punk attitude Bien que séparées par le temps, ces deux époques partagent une même essence: la résistance. Comme la PSSI de Soeratin, Rainfall et les Deer Troops se posent en antagonisme au football officiel en proposant des matchs à prix accessible, divertissants, sûrs, ouverts à tous sans distinction d'âge, de genre, ni barrière sociale. Ils veulent se démarquer des clubs affiliés à la fédération, jugés soumis à celle-ci, et englués dans le cercle vicieux de la commercialisation. Sans sponsors, FC Rainfall vit et se développe depuis environ deux ans dans le milieu du football alternatif. Propriétaires du club, les Deer Troops jouent un rôle central dans son évolution, chaque décision étant prise avec leur participation. L’argent ne fait certes pas tout, mais il est difficile de nier qu'on finit toujours par en avoir besoin. Ainsi, en plus des contributions collectives permettant de rassembler des fonds pour les besoins du club, les billets d'entrée pour les matchs du FC Rainfall sont vendus entre 15 000 et 20 000 roupies indonésiennes (NdT: entre 0,80 et 1 euro). Est-ce suffisant? La réponse est non. Pour subvenir à ses besoins et élargir son influence, le FC Rainfall a aussi lancé du merchandising et sorti des t-shirts et maillots, en collaboration avec des groupes musicaux – comme The Kuda, groupe punk de Bogor connu pour ses critiques sociales acerbes –partageant les mêmes frustrations et la même passion pour le football. Depuis Jakarta, le groupe Morfem, auteur du titre “Rayakan Pemanang”, a sorti deux maillots en partenariat avec le FC Rainfall, dont l’un est devenu un produit officiel lors de leur tournée au Japon, Terepooteshion Tour. Le groupe punk rock Dongker, de Bandung, a également collaboré avec Rainfall à l’occasion de la sortie de son album Ceriwis Necis. Les bénéfices de ces ventes financent toutes les activités du club, sur et en dehors du terrain. Ces collaborations ne visent pas seulement à couvrir les dépenses, mais aussi à faire connaître le club dans divers milieux. Et cela fonctionne: la popularité de FC Rainfall ne cesse de croître. Fédérer, nouer des liens Leur slogan, “Football Friendship Forever”, illustre aussi leur volonté de nouer des liens au-delà des frontières. Rainfall n’est pas seulement connecté aux clubs alternatifs indonésiens; il a également tissé des relations à l’étranger, notamment avec Shah Alam Antlers FC, club alternatif de Malaisie animé par les mêmes refus. Un déplacement du FC Rainfall en Malaisie a même été envisagé: une rencontre attendue entre deux clubs alternatifs voisins, unis par le même feu contestataire. Revenons au football comme outil de lutte. Nous savons que la fédération de football – aujourd’hui dirigée par Erick Thohir – fut à l’origine un instrument de résistance contre le colonialisme néerlandais. Le chemin parcouru par la PSSI est long: lutte contre la colonisation hier, lutte contre ses propres dérives aujourd’hui. C’est dans ce contexte que le FC Rainfall a vu le jour: par dégoût du football indonésien sous la tutelle de la PSSI. À l’heure où les rivalités toxiques pullulent, où la commercialisation prime et où des matchs sont truqués en toute impunité, Rainfall et ses “Cerfs” se dressent pour rétablir le football comme loisir populaire et outil de lutte. Leur objectif n’est pas la performance sportive, mais celle-ci n’est pas absente pour autant: le FC Rainfall a remporté plusieurs trophées dans diverses compétitions amateurs. Il participe régulièrement à des tournois alternatifs, dont l’un des plus importants est le MayDay Collective Football, organisé chaque 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs: un moment idéal pour célébrer le football alternatif et rallumer les braises de la contestation. Des clubs sont venus de Bandung, de Bogor, de Bekasi, de Tangerang, de Jakarta et d’ailleurs pour y participer. Lorsqu’en 2024 Bogor a accueilli l’événement, des milliers de fans ont célébré un football abordable, sûr et résolument contestataire. Beaucoup d’amateurs espèrent voir un jour la création d’une ligue officielle du football alternatif, réunissant des clubs comme FC Rainfall, Middleway, Urbanside, Kalibrug, Port City Wanderers, Fortress VB, FSV Metopen et bien d’autres. Au vu de l’engouement et du réseau qui s’étend entre clubs alternatifs à travers les villes d’Indonésie, une ligue amateur parallèle à la ligue officielle n’a rien d’impossible. Son objectif serait de rendre au football son rôle de divertissement sûr pour tous, et un espace de résistance contre les dérives de la fédération et du gouvernement, en écho à l’esprit de Soeratin dans sa lutte contre le colonialisme. “Faire résonner la voix de la résistance à travers le football” Mais tout dépendra des individus engagés dans ce mouvement alternatif. Chacun possède sa manière et sa stratégie pour exprimer son refus des abus dans le monde du football. Dès lors, une question demeure: jusqu’où le FC Rainfall et les clubs alternatifs indonésiens porteront-ils la colère de leurs supporters? Et quelle attention les acteurs du terrain accorderont-ils aux enjeux qui dépassent le rectangle vert? Pour conclure, je veux exprimer un souhait. À Bogor, ville des pluies imprévisibles, un ciel clair n’est jamais la garantie qu’il ne pleuvra pas. Bien au contraire: il arrive qu’un ciel radieux se transforme soudain en un déluge capable d’emporter tout sur son passage. Puisse le FC Rainfall devenir cette averse, une menace pour cette fédération gangrenée et ce gouvernement arbitraire. Puisse-t-il utiliser pleinement sa popularité comme levier de contestation et faire résonner toujours plus fort la voix de la résistance à travers le football. Pour que tout cela ne se réduise pas, à la fin, à un fanatisme sportif stérile, qui comme toujours finit par ne laisser que des larmes. Traduit du bahasa à l'aide de Deepl, relu et validé par l'auteur

Pour une autre utilisation du terme « Sportwashing »
Le terme “sportwashing” s'est imposé depuis quelque temps, principalement pour décrire les interventions intéressées des États du Golfe dans le football mondial. Valerio Moggia du média Pallonate in Faccia en propose une lecture critique et incite ses collègues journalistes à l'utiliser avec prudence. Dans le monde du football, peu d'expressions se sont autant répandues ces dernières années que “sportwashing”. Les Coupes du monde en Russie et au Qatar lui ont donné une grande visibilité et la compétition de 2034 en Arabie saoudite la popularisera encore plus. Si dans le champs académique, ce terme est de plus en plus critiqué pour son caractère trop vague et ses connotations ethnocentriques, il reste très populaire dans le contexte médiatique: les journalistes utilisent très souvent le mot sportwashing, très commode et facile à comprendre. C'est en 2015 que le terme a été inventé par l'activiste Rebecca Vincent dans le cadre de la campagne “Sport for Rights”. Elle protestait alors contre l'utilisation politique du sport par le régime azerbaïdjanais d'Ilham Aliyev, à l'occasion de la première édition des Jeux européens, à Bakou. Les fans de football sont relativement au fait du “sportwashing” en Azerbaïdjan. Le gouvernement d'Aliyev a construit pour les Jeux un stade de 70 000 places qui a ensuite accueilli le Championnat d'Europe des moins de 17 ans 2016, la finale de l'Europa League 2019, puis trois matchs de l'EURO 2020. C'est aussi le stade du Qarabağ FK, une équipe accusée d'être un outil du régime dans sa revendication du Haut-Karabagh. [caption id=attachment_16744 align=alignright width=400] Manifestation à Bakou en 2013 (©David Mdzinarishvili / Reuters)[/caption] Qu'est-ce que le sportwashing? Selon Rebecca Vincent, il s'agit d'un instrument permettant à un pouvoir autoritaire de laver son image en utilisant un événement sportif, et ainsi gagner une bonne réputation aux yeux du monde entier. La popularité de ce terme est liée à l'évolution globale du sport business ces dernières années, où des gouvernements dictatoriaux peuvent utiliser leur pouvoir économique pour y influer et, par conséquent, accroître leur influence politique. C'est le cas de la Russie, de la Turquie, de la Chine, du Qatar et de l'Arabie saoudite, pour ne citer que quelques exemples. “Sportwashing” est aussi un mot accrocheur et intuitif, car il est aisé de le relier à une galaxie de termes similaires: greenwashing, pinkwashing, rainbow-washing. Tous ces termes véhiculent clairement le même message: l'utilisation de quelque politique écolo, pro-femmes ou pro-LGBTQ+ pour couvrir et “blanchir” un comportement plus discutable. Pourtant, quelque chose ne va pas dans cet usage. Le sportwashing n'est pas une nouveauté Bien que ce mot n'ait pas plus de neuf ans, le concept qui le sous-tend est bien plus ancien. La Coupe du monde de 1978 en Argentine ou les Jeux olympiques de 1938 à Berlin peuvent être considérés comme ses ancêtres. L'historien Paul Christensen, professeur d'histoire grecque ancienne à Dartmouth (États-Unis), a déclaré à Sports Illustrated que l'on peut même faire remonter le sportwashing aux Jeux olympiques de l'Antiquité. En 416 avant J.-C., Alcibiade a dépensé beaucoup d'argent pour participer aux courses avec sept chars différents, remportant une première, une deuxième et une quatrième place. Alcibiade était un homme politique athénien et, à l'époque, Athènes perdait la guerre du Péloponnèse contre Sparte. Il a utilisé son argent pour donner l'image d'une Athènes encore prospère et en bonne santé. “Il s'agissait d'une manœuvre géopolitique à part entière”, estime Christensen. Le sportwashing est aussi considéré comme une nouvelle façon de parler de soft-power, défini par Joseph Nye comme le fait de “faire en sorte que les autres veuillent les résultats que l'on veut”. Cependant, comme l'explique Jules Boykoff, les deux concepts sont très différents. Dans son analyse fondamentale du phénomène du sportwashing, il explique que l'approche du soft power néglige le rôle de la population: les dynamiques internes au pays sont “centrales pour comprendre le sportwashing et ses répercussions”. Il ajoute qu'elle “peut certainement ouvrir la voie à des interventions militaires ou à leur intensification”, tandis que le soft-power ne se répercute pas dans le hard-power. Une perspective ethnocentrique Un des arguments majeurs pour arrêter d'utiliser le mot sportwashing est le fait qu'il se réfère toujours à des pays non occidentaux: l'Arabie saoudite fait du sportwashing, tout comme le Qatar, la Russie, la Chine, l'Azerbaïdjan, etc. Mais les Jeux olympiques de Londres en 2012 ont fait un large usage de la diplomatie sportive, de même lors de la finale de l'EURO 2020 en Angleterre. Le sport a été un élément essentiel pour les États-Unis pendant la Guerre froide, tout comme il l'était pour l'URSS; Emmanuel Macron a utilisé sa proximité avec Kylian Mbappé comme outil de propagande pour l'élection présidentielle de 2022. Comme l'a écrit Nicola Sbetti - professeur de sport et de politique internationale à l'Université de Bologne - sur The Sport Light, c'est “une expression utilisée avec une intention politique claire, à savoir: blâmer l'instrumentalisation du sport par un pays dont la conduite morale n'est pas appréciée”. [caption id=attachment_16743 align=alignright width=400] Manifestation en défense du droit à l'avortement, à Austin en juin 2022 (©Evan L'Roy / The Texas Tribune)[/caption] Dans son utilisation médiatique, la différence entre soft-power et sportwashing est essentiellement motivée par des raisons politiques: le premier concerne les démocraties libérales (généralement les pays du monde occidental), le second les régimes autoritaires. D'un côté, il y aurait le bon usage de la politique sportive; de l'autre, le mauvais. La question n'est pas autant lié aux droits de l'Homme que nous le pensons. En 2022, beaucoup ont protesté contre la Coupe du monde au Qatar, et beaucoup d'autres font de même avec la Coupe du monde 2034 en Arabie Saoudite, mais qu'en est-il de l'édition 2026 dans les États-Unis de Trump? De nombreux matchs se dérouleront dans les stades texans de Dallas et Houston, dans un État où l'avortement est illégal depuis 2022. Ces dernières années, des lois contre les droits des LGBTQ+ ont été votées au Texas et en Floride qui hébergera aussi certains matchs de la Coupe du monde au Hard Rock Stadium de Miami. Il est difficile d'imaginer les mêmes manifestations que celles qui ont eu lieu au Qatar il y a deux ans. Le sportwashing ne sert plus seulement à “se purifier” En 2015, le terme est né pour décrire une utilisation spécifique du sport par les régimes autoritaires, visant à faire bonne impression à l'extérieur. Mais aujourd'hui, le sportwashing est utilisé en relation avec différentes nouvelles stratégies, comme l'a encore souligné Boykoff: “De nouvelles formes de sportwashing sont en train d'émerger, avec des régimes autoritaires controversés qui financent des équipes, des compétitions et des événements dans des États démocratiques”. Stanis Elsborg a écrit que ce concept “simplifie à l'extrême et ne parvient pas à saisir la complexité des politiques sportives très sophistiquées de nombreux régimes autoritaires”. Vladimir Poutine a utilisé des événements sportifs - comme les Jeux d'hiver de 2014 à Sotchi et la Coupe du monde de football de 2018 - pour influencer et consolider une nouvelle identité nationale russe, et pas seulement pour vendre une bonne image du pays à l'étranger. Les stratégies sportives du Qatar et de l'Arabie Saoudite s'inscrivent dans le cadre d'un projet plus vaste de nation-building et de diplomatie internationale. Bien sûr, ils veulent se légitimer aux yeux de la communauté internationale, mais l'enjeu va bien au-delà. Avec le plan Vision 2030, le gouvernement de Riyad vise à diversifier son économie, à promouvoir le tourisme, à attirer de nouveaux investisseurs et à moderniser le pays, tant sur le plan des infrastructures que sur le plan social (en ciblant tout particulièrement les jeunes générations car 63% des Saoudiens ont moins de 30 ans). Le divertissement sportif est un facteur clé de ce projet, et le football est le sport le plus populaire parmi les jeunes Saoudiens. Que pouvons-nous utiliser à la place de “sportwashing”? Sachant que le terme est controversé et simpliste, quelle est la meilleure alternative? Comme nous l'avons vu avec Boykoff, le soft-power n'est pas un bon substitut, car les deux termes sont trop différents et l'évolution récente du concept de sportwashing complique encore leur rapport. “Politique sportive” - utilisée dans cet article - ou “diplomatie sportive” peuvent être des solutions valables, mais il est peu probable de les voir atteindre la même popularité que “sportwashing”, parce qu'ils sont plus “softs” et ne portent pas la condamnation morale implicite du terme original. Ce n'est pas nécessairement un problème pour le discours académique, mais pour les militants des droits de l'homme et les ONG, le sportwashing a une valeur intrinsèque irremplaçable: il indique non seulement que nous parlons d'une utilisation politique du sport, mais aussi que nous ne sommes pas d'accord avec elle. Une solution possible consiste donc à continuer à utiliser sportwashing, mais en élargissant sa référence à tous les pays qui exploitent le sport à des fins de propagande. Nous devons reconnaître que si le sportwashing a une existence réelle, alors il ne peut pas être l'apanage des régimes autocratiques. Ceci est d'autant plus vrai à une époque où les dites valeurs occidentales sont constamment sapées et remises en question par les pays occidentaux eux-mêmes: liens économiques avec les dictatures du monde entier, incapacité à faire face au massacre en cours à Gaza, politiques brutales à l'encontre des migrants en Europe et en Amérique du Nord, montée des partis d'extrême droite qui visent à restreindre les droits civiques. Cette supériorité morale n'existe plus aujourd'hui, si tant est qu'elle ait un jour existé. En tant que journalistes, nous devons adopter une position claire: si nous voulons continuer à utiliser le mot sportwashing, nous devons avoir à l'esprit toutes ses controverses et accepter que les démocraties occidentales ne sont souvent pas si différentes des régimes autoritaires. La Coupe du monde 2030 réunira l'Espagne et le Portugal, mais aussi la monarchie absolue du Maroc; le championnat d'Europe 2032 sera une collaboration entre l'Italie et la Turquie d'Erdoğan: une narration sportive réfléchie ne peut pas être naïve à ce sujet. Sinon, il vaut mieux utiliser des mots différents. Why We Should Stop Using the Word Sportwashing, newsletter The Beautiful Shame

Le fétichisme de la Bourse
Traduction de "The stock market fetish" de Branko Milanovic

Interroger le mérite des champions, à l'école comme dans les stades
A l’heure où, à nouveau, des médailles sont distribuées aux champions olympiques et paralympiques, la question du sens de ces récompenses débouche sur des inte…

Comprendre les rapports sociaux
Kergoat Danièle. Comprendre les rapports sociaux. In: Raison présente, n°178, 2e trimestre 2011. Articuler le rapports sociaux. pp. 11-21.
Le Ladies Football Club, de Stefano Massini
Le football féminin doit beaucoup à ces pionnières qui, envers et contre tout, ont mis le pied sur le ballon, dans la cour des usines d'armement pendant la 1ère Guerre mondiale. Voici le cadre du livre Le Ladies Football Club, signé Stefano Massini et traduit de l'italien par Nathalie Bauer. Sorti aux éditions Globe en février 2021, puis en version poche aux éditions 10/18 en 2023, quelques mois avant la Coupe du Monde féminine disputée en Australie et Nouvelle-Zélande, ce texte vif a tout de la bonne lecture estivale. Fiction écrite en vers libres, Le Ladies Football Club met en scène une équipe composée de munitionnettes, comme il en a poussé plusieurs dans les usines d'armement britanniques pendant la Guerre 14-18, à l'image du mythique Dick, Kerr's Ladies FC. Nous sommes, le 6 avril 1917. Violet Chapman lance le mouvement en shootant dans une balle, du moins une forme sphérique s'en approchant, ou s'approchant d'un prototype de la bombe “K4”, prototype connu sous le petit nom de “Sister K”. Ainsi naît le onze féminin de l'usine Doyle & Walker Munitions de Sheffield, et ses maillots sous la plume de Stefano Massini. C'est le premier “âge d'or”du football féminin qui prend forme dans ce texte plein d'humour. Orphelins des hommes partis mourir dans les tranchées françaises, les terrains de football vont voir de nouvelles artistes prendre la place. L'opportunité d'être au centre du jeu, ces ouvrières vont la saisir, non sans se heurter à l'ordre patronal, clérical et patriarcal. Onze ouvrières et une balle On découvre onze joueuses aux traits singuliers et hautes en couleurs, parmi lesquelles l'invisible Sherill Bryan, choisie parce qu'il fallait une onzième, Penelope Anderson qui ne s'exprime qu'à base de maximes loufoques; Olivia Lloyd, experte en détournement de citations, telle une situationniste avant l'heure ou encore Haylie Owen, sorte de porte-parole politique, à qui on doit cette tirade marxiste: «Nous courons derrière une balle, oui monsieur. Et puis qu'est-ce qu'une balle? Un objet fabriqué par des ouvrières comme nous, dans des usines comme la nôtre... Sauf que nous produisons des bombes, et elles, des balles pour le football. Et alors? Ce sont des produits. Identiques. Voilà pourquoi je tape dans cette foutue balle, c'est la fille de l'industrie qui nous exploite toutes, dans la sale, l'affreuse pyramide du travail.» Derrière Le Ladies Football Club, on perçoit la dimension prolétarienne d'un football féminin qui prenait «de plus en plus l'allure d'une vengeance féministe». Le succès rencontré par ces équipes va finir par donner quelques sueurs froides aux dirigeants bourgeois de la Football Association. La puissante fédération finira par contre-attaquer en interdisant le football aux femmes. Un siècle plus tard, si le chemin parcouru est évident, ce qu'il reste à faire pour l'égalité l'est tout autant.

31 mars 1883: Le « passing game » ouvrier met fin à la domination des grandes écoles
Cette finale de FA Cup fait partie de ces matchs qui ont contribué à changer la face du football. Remportée par le Blackburn Olympic face aux Old Etonians (2-1), elle annonce deux changements majeurs: la fin de la suprématie des grandes écoles et l’avènement du “passing game”, accélérant aussi le passage au professionnalisme. En mars 2020, Netflix sortait la série The English Game qui revient sur cet épisode majeur et le replace dans son contexte social. Abordé dans les ouvrages de Paul Dietschy ou Mickaël Correia, ce virage de l'histoire du football reste relativement méconnu. Ce 31 mars 1883, pour cette finale opposant les Old Etonians aux ouvriers du Blackburn Olympic, l’Angleterre se prépare à voir une nouvelle fois une équipe composée de sportsmen de la haute société anglaise dominer la partie sur le Kennington Oval, comme c'est le cas depuis sa première édition en 1872. Comme son nom l’indique, l'équipe des Old Etonians est composée d’anciens élèves d’Eton. La Cup est une propriété de ces équipes de “Old boys”, ces anciens élèves des grandes écoles ou des universités prestigieuses: Harrow, Charterhouse School, Eton ou Oxford. Des noms de clubs quelque peu tombés dans l'oubli aujourd’hui, que ce soit pour les Wanderers (ex Forest FC), Oxford University AFC, Royal Engineers AFC, les Old Carthusians FC, les Old Etonians FC ou encore Clapham Rovers. Pourtant la saison précédente, en guise d'alerte, une autre équipe d'ouvriers du Lancashire, les Blackburn Rovers, avaient déjà fait sensation en étant battus de justesse en finale, également par les Old Etonians (1-0). Le football était déjà en train de se développer au sein de la classe ouvrière, les équipes du nord industriel rattrapant leur “retard” à une vitesse phénoménale et provoquant de l'inquiétude jusqu'au sommet de la Fédération. La Football Association est en effet tenue par cette même élite issue des grandes écoles, là où les règles du football ont été inventées. Leurs clubs voient leur domination et leurs privilèges menacés, à l'image des craintes de l’upper middle class britannique causées par l'accès des ouvriers qualifiés au processus électoral depuis 1867. Opposition de classe et de style La finale de la FA Cup 1883, jouée devant 8000 personnes, symbolise donc ce passage d’un football globalement confisqué par l'élite sociale du sud du pays, à un football qui se démocratise sous l’impulsion du patronat industriel du nord. Celui-ci y voit autant un nouveau potentiel de profits qu'un bon moyen de contrôler les loisirs des ouvriers. La réduction du temps de travail hebdomadaire et l'obtention du week-end chômé vont contribuer au développement du football au sein de la working class. [caption id=attachment_8749 align=alignright width=386] L'équipe du Blackburn Olympic de 1883[/caption] Emmenés par leur manager-joueur Jack Hunter, tous les joueurs du Blackburn Olympic travaillent à plein temps dans l'industrie du coton. L'opposition de classe entre les deux équipes se traduira aussi dans les styles jeu proposés. Pour Jonathan Wilson, cette finale de 1883 marque le “baroud d'honneur du jeu de dribble”, style dominant des premières heures du football. Ce “dribbling game” consistait grosso modo à porter la balle jusqu’à ce que le joueur la perde. Un style rudimentaire qui s'inscrivait dans la continuité des jeux traditionnels où la balle était portée à la main. En plus de ne pas être collectif, ni très créatif, il faut reconnaître que ce style de jeu collait parfaitement à l’idéologie individualiste de la bourgeoisie. Les premiers clubs ouvriers vont alors s’approprier et interpréter le football en apportant cette variante non négligeable de la passe. En plus de lui donner une dimension réellement collective, la passe améliore la qualité du jeu et l'efficacité. On imagine bien que ce “passing game” des premières heures devait être un jeu de passes assez simpliste. David Goldblatt, dans son The Ball is Round, écrit que le jeu du Blackburn Olympic, à l'image d'autres équipes du Lancashire, consistait en une “alternance de longues passes et de courses vigoureuses”. Paul Dietschy appuie l'idée que “l'art de la passe consistait bien souvent en un kick and rush peu subtil”. A partir des compte-rendus de l'époque, Jonathan Wilson nous permet dans son livre La Pyramide inversée de nous imprégner un peu plus de cette fameuse finale: “Une blessure réduisit les Old Etonians à dix en début de match, mais il est de toute façon improbable qu'ils aient été capables de résister à la tactique inédite de l'Olympic, qui échangeait de longues passes d'aile à aile. Le but de la victoire, inscrit à la fin de la prolongation, reflétait le match tout entier: une transversale venue de la droite de Tommy Dewhurst (un tisserand) trouva Jimmy Costeley (un filateur) qui s'était avancé dans l'espace sur le flanc gauche. Costeley eut le sang-froid nécessaire pour battre J.F.P Rawlinson dans le but des Old Etonians.” Vers la fin de l'ère amateur On se doute que le Blackburn Olympic n’était pas le seul club à pratiquer le “passing game”. Selon Jonathan Wilson, le jeu de passe avait commencé à déteindre sur le style de certaines équipes issues des grandes écoles comme les Old Carthusians, vainqueurs de la FA Cup 1881. C'est toutefois en Écosse que cette façon de jouer, dont la paternité est attribuée au mythique Queen's Park, a été façonnée. On parlait alors de “jeu de combinaison”. Mais le Blackburn Olympic est le premier club à remporter la FA Cup, le titre suprême, avec une identité essentiellement basée sur le jeu de passe. Ce qui est largement suffisant pour en faire un club historique même s’il a disparu à peine six ans après cet exploit, au dépens des Blackburn Rovers, beaucoup plus populaires. Vécue comme un traumatisme bourgeois, cette défaite des Old Etonians n'a pas été digérée au sein de la Football Association qui n'a pas manqué d'accuser l’Olympic Blackburn de rémunérer ses joueurs. Une pratique totalement illégale qui a mené certains clubs comme Preston North End à se faire exclure de la compétition. Concernant Blackburn, Paul Dietschy parle du “broken time payment” qui a permis aux joueurs de s'absenter de l'usine pour préparer la demi-finale et la finale, grâce à une compensation salariale. Si les notables de la FA et des clubs issus des grandes écoles étaient tant attachés à la pratique amateur du football, c'est aussi qu'il s'agissait d'un puissant levier pour garantir ses intérêts et maintenir la classe ouvrière à l'écart des terrains. Pour des ouvriers de la fin du 19e siècle, l’amateurisme est un luxe. Beaucoup n’ont pas le loisir de pouvoir s’entraîner durant la semaine. S'absenter du travail pour s'entraîner ou jouer engageait une perte de salaire, idem en cas de blessure. Une situation intenable qui les a poussé, avec leurs dirigeants, à revendiquer d'être payés pour jouer, ou du moins que leurs absences au travail soient dédommagées. Le football britannique va connaître un conflit larvé sur cette question. Et, face à l'obstination des partisans de l'amateurisme, les clubs du bassin industriel du nord finiront par rompre avec la FA. Cela va irrémédiablement accélérer l’avènement du professionnalisme en 1885 et la création de la première ligue professionnelle en 1888. Une mutation qui finira par acter la disparition définitive des équipes de “Old boys” du devant de la scène. **************************** A lire: The English Game: Et le patronat du nord industriel remporta le match

Derrière les cafés Joyeux, la galaxie catholique réactionnaire
Côté rue, l'enseigne Café Joyeux présente un visage avenant où bonté de cœur et esprit d'entreprise œuvrent de concert pour favoriser l'intégration au monde du travail de personnes en situation de handicap (…)

La canicule favorise la hausse des violences envers les femmes
Plusieurs études montrent que les épisodes de fortes chaleurs peuvent favoriser les comportements violents. La période actuelle, entre canicule, Coupe du monde de football et arrivée des vacances, constitue un terreau particulièrement fertile pour les violences conjugales et domestiques.
Déficit commercial : cessons le jeu des accusations
Traduction française du billet de blog "Let's stop the trade deficit blame game" de Maurice Obstfeld (PIIE)

Buildar - Descubra Games
Encontre mundos feitos pela comunidade. Escolha um e comece a jogar.
La stratégie numérique de l’armée ukrainienne : une mobilisation 2.0
Analyse de la stratégie de communication très moderne appliquée par l’Ukraine pour attirer des recrues et des dons financiers.

Camus's Absurd Love of Football — M. M. Owen
In football, one of the greatest French authors of the 20th century located the most potent and valuable forms of consciousness. In the game’s drama of the flesh, he felt himself witness to the fullness of life, in all its pathos, and all its saving graces.

«Uno spazio di cura per la vita collettiva», Forte Prenestino, quarant’anni “occupati”
Il primo maggio del 1986 un eterogeneo gruppo di punk, comunisti, anarchici, femministe, rompeva il lucchetto della struttura militare di Roma per trasformarlo in un centro sociale. Nessun collettivo politico, ma solo un gruppo di soggettività che si ritrovano intorno al concetto di autogestione. Musica come bene comune, autoproduzione, utilizzo critico delle tecnologie, ambientalismo e transfemminismi sono i temi che lo attraversano da sempre. La cultura scelta come arma di contestazione lo hanno reso l’anima creativa del movimento

Wir wollen doch nur spielen | Neue Narrative
Spielen macht uns neugierig, mutig und kreativ. Viele Organisationen setzen auf Punktesysteme oder Ranglisten – und greifen damit viel zu kurz. Denn echte Spielfreude wäre so viel wertvoller als oberflächliche Gamification.

Alors à la demande de @sharozwa.bsky.social un petit thread sur l'immense perversité du marketing de certaines marques de luxe qui veulent se protéger du client "aspirationnel" (ie les ploucs qui ne peuvent guère acheter plus qu'un sac à 3000 balles par an) tout en torturant les riches