







Même s’il commence à tomber un peu en désuétude, tout le monde connaît le baby-foot. Il y a encore quelques années, rares étaient les bistrots qui n’étaient pas équipés de cet objet culte. Gamelle, pissette, but des demis: autant de règles que la fédération informelle, écumant les rades des villes et des champs, ont perfectionné bien avant que le baby-foot ne devienne un sport homologué. Ce qu’on sait moins, c’est que son histoire a commencé durant la Guerre d’Espagne et qu’on doit son invention, même si sa paternité a été revendiquée par d’autres, à un jeune poète libertaire galicien, alors âgé de 18 ans. Originaire de la région de La Corogne, Alejandro Campos Ramírez est né en 1919 dans un village appelé Finisterre – du latin finis terrae, la « fin de la terre ». Il avait fait le rêve de devenir un jour un grand architecte, mais il n’avait jusque-là réussi à ne se faire embaucher que comme aide-maçon. Il vivait de ça et de quelques corrections de travaux scolaires, ce qui lui permettait de financer ses études dans un lycée de la capitale. Cependant, sa véritable vocation était la poésie. Dans ce domaine, il commence à se faire connaître sous le nom d’Alejandro Finisterre. Par la suite, il intègre comme apprenti une imprimerie et se rapproche par ce biais de l'univers bohème de ces artistes qu’il admire, comme le poète républicain León Felipe dont il deviendra proche. Alejandro a alors 17 ans et se définit comme un anarchiste pacifiste qui aspire à vivre un jour dans un monde où l’être humain n’éprouvera plus le besoin d’être gouverné par quelque autorité que ce soit. Il baignait dans cet idéal quand a éclaté la Guerre Civile espagnole le 17 juillet 1936. Le brevet n'a pas survécu à la Retirada En novembre 1936, la maison dans laquelle il vivait fut touchée par les bombardements. Resté coincé sous les décombres, il en sort salement blessé à la jambe et avec des problèmes respiratoires. Transporté en zone républicaine, d’abord à Valence puis à l’hôpital de Montserrat, il est resté en convalescence un certain temps. Dans cet ancien hôtel de luxe réquisitionné pour soigner les blessés de guerre du camp antifasciste, il croise la route d'un nombre important d’enfants mutilés; ce qui le touchera au plus profond de sa chair de libertaire. Bien des années plus tard, en 2004, il le racontait à un journaliste de La Vanguardía : « Nous étions en 1937. J’adorais le football, mais j’étais devenu boiteux et ne pouvais pas jouer… Et, par dessus tout, je souffrais de voir ces petits garçons, blessés ou amputés, qui ne pouvaient pas jouer au ballon avec les autres enfants… Je me suis dit: s’il existe du tennis de table, il doit bien pouvoir aussi exister du football de table! Je me suis procuré quelques barres en fer et un charpentier basque réfugié là, Javier Altuna, a façonné les petites figurines de bois. Il fit le coffrage de la table en bois de pin il me semble, et la balle avec un bon morceau de liège aggloméré catalan. Cela permettait un meilleur contrôle de la balle, de pouvoir la bloquer et lui donner de l’effet… » Dans un contexte qui n'était pas propice au jeu, le baby-foot de Finisterre représente aussi une modeste proposition ludique face à l’ignominie de la guerre et du fascisme. Les troupes de Franco gagnaient toujours plus de terrain, menaçant les dernières villes qui n’étaient pas tombées. Le responsable de la CNT-FAI de Monistrol de Montserrat, Joan Busquets, encouragea alors Alejandro Finisterre à breveter son invention. Ce qu’il fit en janvier 1937. Mais le document-papier n'a pas survécu aux rudes conditions de la Retirada. Un de ses compagnons d’hôpital, le militant du POUM Magi Muntaner, a bien tenté de faire breveter au nom de Finisterre le baby-foot en France, mais ce fut infructueux. D’autant que dans l'Hexagone, il se raconte que l’inventeur est un industriel du nom de Rosengart. Lui n’a jamais accordé trop d’importance à cette reconnaissance. « Si je ne l’avais pas inventé moi, quelqu’un d’autre l’aurait fait », confiait-il humblement. D’ailleurs, jusqu’à sa mort, il n'a pas touché un centime de la commercialisation de ce qu'on appelle futbolín en Espagne, taca-taca au Chili ou encore metegol en Argentine. Ce ne fut d'ailleurs pas sa seule invention. Amoureux d’une pianiste, blessée de guerre et réfugiée elle aussi, il inventa pour elle un engin qui lui permettait de tourner les feuilles de partition, en actionnant simplement une pédale. Après la 2e Guerre mondiale, Alejandro Finisterre gagne l’Équateur où il a fondé une revue littéraire, reprenant à son compte l’idée de Jean Cocteau : « la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi ». Après l’Équateur, il vit un temps au Guatemala où il croisera le Che. Là-bas il perfectionne son invention et tente, sans grand succès, de lancer le basket-ball de table. Après le coup d’état militaire de Castillo Armas, téléguidé par la CIA, il part au Mexique où il retrouve son ami León Felipe. Il est resté à ses côtés jusqu’à sa mort en 68. Son arrivée au Mexique est l'objet d'une anecdote rocambolesque puisqu’il échappa aux services secrets espagnols qui venaient de l’arrêter pour le mettre dans un avion direction Madrid. Pour ce faire il avait enveloppé une savonnette dans de l’aluminium, faisant croire à une charge explosive. Ses menaces de faire sauter l’avion lui ont permis d'obtenir que celui-ci soit dérouté vers le Panama. Il rentrera finalement en Espagne après la mort de Franco, en 1976. Quand Alejandro Finisterre est mort en 2007, les enfants du monde avaient déjà remplacé son invention par les consoles de jeux vidéo. Le poète ne s’en plaignait pas. Pour autant, il ne se privait pas de vanter les vertus du baby-foot dont la maîtrise permet de travailler la coordination des mouvements entre la main droite et la main gauche. Mais plus encore, il défendait aussi l'importance de son invention dans le développement de liens d’amitié et de camaraderie en opposition aux jeux vidéos et leur tendance à favoriser le repli sur soi et l'individualisme. Son optimisme l’incitait à croire en de meilleurs lendemain: « Je crois dans le progrès: il y a un instinct humain qui tend vers le bonheur, la paix, la justice et l’amour. Et ce monde un jour adviendra! »
La Première Guerre mondiale du point de vue des chevaux
Indispensables pour la cavalerie, l’infanterie mais également l’artillerie, pour tirer canons, munitions, vivres et hommes, les chevaux ont aussi façonné l'évolution de cette guerre de tranchées.

Le Ladies Football Club, de Stefano Massini
Le football féminin doit beaucoup à ces pionnières qui, envers et contre tout, ont mis le pied sur le ballon, dans la cour des usines d'armement pendant la 1ère Guerre mondiale. Voici le cadre du livre Le Ladies Football Club, signé Stefano Massini et traduit de l'italien par Nathalie Bauer. Sorti aux éditions Globe en février 2021, puis en version poche aux éditions 10/18 en 2023, quelques mois avant la Coupe du Monde féminine disputée en Australie et Nouvelle-Zélande, ce texte vif a tout de la bonne lecture estivale. Fiction écrite en vers libres, Le Ladies Football Club met en scène une équipe composée de munitionnettes, comme il en a poussé plusieurs dans les usines d'armement britanniques pendant la Guerre 14-18, à l'image du mythique Dick, Kerr's Ladies FC. Nous sommes, le 6 avril 1917. Violet Chapman lance le mouvement en shootant dans une balle, du moins une forme sphérique s'en approchant, ou s'approchant d'un prototype de la bombe “K4”, prototype connu sous le petit nom de “Sister K”. Ainsi naît le onze féminin de l'usine Doyle & Walker Munitions de Sheffield, et ses maillots sous la plume de Stefano Massini. C'est le premier “âge d'or”du football féminin qui prend forme dans ce texte plein d'humour. Orphelins des hommes partis mourir dans les tranchées françaises, les terrains de football vont voir de nouvelles artistes prendre la place. L'opportunité d'être au centre du jeu, ces ouvrières vont la saisir, non sans se heurter à l'ordre patronal, clérical et patriarcal. Onze ouvrières et une balle On découvre onze joueuses aux traits singuliers et hautes en couleurs, parmi lesquelles l'invisible Sherill Bryan, choisie parce qu'il fallait une onzième, Penelope Anderson qui ne s'exprime qu'à base de maximes loufoques; Olivia Lloyd, experte en détournement de citations, telle une situationniste avant l'heure ou encore Haylie Owen, sorte de porte-parole politique, à qui on doit cette tirade marxiste: «Nous courons derrière une balle, oui monsieur. Et puis qu'est-ce qu'une balle? Un objet fabriqué par des ouvrières comme nous, dans des usines comme la nôtre... Sauf que nous produisons des bombes, et elles, des balles pour le football. Et alors? Ce sont des produits. Identiques. Voilà pourquoi je tape dans cette foutue balle, c'est la fille de l'industrie qui nous exploite toutes, dans la sale, l'affreuse pyramide du travail.» Derrière Le Ladies Football Club, on perçoit la dimension prolétarienne d'un football féminin qui prenait «de plus en plus l'allure d'une vengeance féministe». Le succès rencontré par ces équipes va finir par donner quelques sueurs froides aux dirigeants bourgeois de la Football Association. La puissante fédération finira par contre-attaquer en interdisant le football aux femmes. Un siècle plus tard, si le chemin parcouru est évident, ce qu'il reste à faire pour l'égalité l'est tout autant.

Au cœur de la financiarisation de l'urbain – Métropolitiques
Comment les villes sont en proie à la financiarisation ? Ce livre met en lumière le travail concret et le rôle décisif des gérants d'actifs immobiliers, qui aggravent les inégalités sociales et…

Renée Greusard on Instagram: "Appel à une grève du climat. Qu’ils soient dans des cours à plus de 40degres ou en train de passer leur brevet dans un sauna gênant, ce qui se passe ce lundi pour les enfants français est une honte. Pourquoi ? Parce que cela fait 30 ans que les climatologues préviennent que nous courrons à une catastrophe. Et 30 ans que les gouvernements successifs disent “soyons raisonnable, il ne faut pas être catastrophiste” Cela fait aussi des années qu’on sait qu’il faut rénover les écoles. Le ministre en charge du sujet l’avait calculé en 2023 il fallait pour adapter les écoles : 52 milliards d’euros sur 10 ans et investir environ 5 milliards d’euros par an pour protéger les enfants. Cela n’a pas été fait. En revanche, on nous demande maintenant de garder nos « réarmements démographiques » à la maison ou de les envoyer passer la journée dans des fournaises de béton. Cette vision des enfants comme des moyens capitalistes ou des objets qu’on déplace nous révulse. Ou est le soin ? Parents, mettons nous en colère ensemble. Organisons une grève du climat pour qu’enfin de véritables mesures soient prises."
13K likes, 293 comments - reneegreu on June 21, 2026: "Appel à une grève du climat. Qu’ils soient dans des cours à plus de 40degres ou en train de passer leur brevet dans un sauna gênant, ce qui se passe ce lundi pour les enfants français est une honte. Pourquoi ? Parce que cela fait 30 ans que les climatologues préviennent que nous courrons à une catastrophe. Et 30 ans que les gouvernements successifs disent “soyons raisonnable, il ne faut pas être catastrophiste” Cela fait aussi des années qu’on sait qu’il faut rénover les écoles. Le ministre en charge du sujet l’avait calculé en 2023 il fallait pour adapter les écoles : 52 milliards d’euros sur 10 ans et investir environ 5 milliards d’euros par an pour protéger les enfants. Cela n’a pas été fait. En revanche, on nous demande maintenant de garder nos « réarmements démographiques » à la maison ou de les envoyer passer la journée dans des fournaises de béton. Cette vision des enfants comme des moyens capitalistes ou des objets qu’on déplace nous révulse. Ou est le soin ? Parents, mettons nous en colère ensemble. Organisons une grève du climat pour qu’enfin de véritables mesures soient prises.".

L’antisémitisme et la réforme de la Bourse de Paris (1893-1898)
Les réformes de la Bourse de Paris entre 1893 et 1898 sont l’occasion de manifestations d’antisémitisme qui peuvent ne guère surprendre dans le contexte de l’époque. Les partisans du monopole des agents de change traitent de juifs les membres du marché libre (les coulissiers) qui le remettent en cause. Au-delà de la défense conservatrice d’une corporation privilégiée et de sa contestation libérale, cet épisode permet de mieux comprendre que ce sont deux conceptions du marché financier toujours actuelles qui sont en cause. Les coulissiers privilégient la liquidité, la rapidité d’exécution, les financiers professionnels et les échanges internationaux, au prix éventuellement d’une moindre sécurité et d’une moindre égalité dans l’échange, au détriment sans doute des petits boursicoteurs et de la stabilité du marché. Les agents de change avaient des priorités inverses. Le débat s’enrichit de l’émergence d’une tierce position socialiste qui renvoie dos à dos libéraux et conservateurs pour proposer une Bourse service public privilégiant transparence et sécurité sans que ce soit au profit d’un groupe privilégié, position qui, sans prévaloir, annonce de nouvelles conceptions de l’économie de marché., The reforms of the Paris Stock Exchange between 1893 and 1898 gave rise to manifestations of antisemitism that were very much of their time. Supporters of the stockbrokers’ monopoly branded their opponents who participated in the free market (known as coulissiers) as Jews. Beyond the conservative defense of a privileged guild and its liberal contestation, this episode illuminates two conceptions of the financial market that are still current today. The coulissiers favored liquidity and speed of execution, professional financiers, and international exchanges, potentially at the cost of trading security and equality, and to the detriment of small traders and market stability. The official brokers (agents de change) had opposite priorities. The debate was complexified by the emergence of a third, socialist position that rejected both liberal and conservative visions, proposing a public-service stock exchange that would favor transparency and security without benefiting a privileged group. Although this position did not win out, it nevertheless heralded new conceptions of the market economy.

Les garçons sont-ils des immatures chroniques ?
1À âge équivalent, les garçons seraient-ils moins matures que les filles ? C’est ce que prétendent fréquemment au collège les enseignant-e-s et les filles qui utilisent systématiquement cet adjectif pour décrire les garçons de leurs classes [Marro, 2011 ; Collet, 2013], alors qu’il n’est jamais utilisé pour qualifier les filles. Toutefois, quand on cherche à identifier en quoi consiste précisément cette immaturité, on peine à trouver les indices. Si le Larousse définit la maturité comme « l’état du plein développement », transcrire cette définition en langage scolaire ne tombe pas sous le sens. Ce qui n’empêche pas des enseignant-e-s ou des essayistes comme Jean-Louis Auduc [2009] d’affirmer que « l’écart de maturité [entre garçons et filles] atteint son paroxysme vers 14 ans » (p. 69) et de pointer du doigt ses conséquences.
Pourquoi fait-on moins d’enfants ?
La baisse de la natalité touche les cinq continents. Quelles en sont les origines ? Les politiques publiques peuvent-elles contrer cette tendance ou sont-elles condamnées à l’impuissance ?

Roberto De Zerbi, un idéal populaire dans le football capitaliste
Qui est Roberto De Zerbi, ce personnage singulier, dont la vision du football croise celle de la lutte des classes? Salim Lamrani lui a consacré une biographie, Le Football selon Roberto De Zerbi, (Marabout, 2025) qui retrace le parcours ce maitre du jeu offensif, qui a bâti au fil des années une pensée footballistique exigeante. Portrait d’un entraîneur qui a trouvé à Marseille une ville à son image. “Je suis venu ici pour le Vélodrome et pour battre le PSG, l’équipe qui représente le pouvoir. Moi, le pouvoir, je n’aime pas ça”, déclarait Roberto De Zerbi, entraîneur de l’Olympique de Marseille après la victoire de son équipe 1-0 contre le rival parisien, le 22 septembre dernier. Si cette réaction avait provoqué l’émoi d’une partie de la classe médiatique et des suiveurs de Ligue 1, c’est bien pour son caractère unique dans un milieu marqué par la pauvreté de la parole politique. En effet, se font de plus en plus rares les personnages aussi exposés qui se permettent de telles sorties, en rupture avec les discours formatés et éléments de langage habituels. Si RDZ invoque ici la lutte des classes comme allégorie de son opposition du soir, faut-il y voir une prise de position révolutionnaire pour autant? De Zerbi est avant toute chose un amoureux de football et de romantisme, comme il en existe peu. Salim Lamrani, son biographe, le compare à Marcelo Bielsa, icône du football sud-américain, passé lui aussi par le banc olympien. Moins adepte de la caisse réfrigérante, RDZ partage avec El Loco la passion, le caractère volcanique, et tous deux accordent une grande importance aux idées de code d’honneur et de parole donnée. Un trait de sa personnalité expliqué par son enfance, très influencée par les codes populaires de rue et le milieu ultra italien, surtout Bresciani. Les deux techniciens pratiquent un jeu inlassablement offensif, prêt à prendre tous les risques pour créer du jeu et donc de l’émotion chez le spectateur, souvent prolétaire. Certains comparent Roberto de Zerbi à un “Robin des Bois”, capable de donner de la joie et du bonheur à des gens qui en sont globalement privés par leur condition matérielle. Cela a guidé son choix de venir à l’OM, malgré des propositions plus juteuses dans des championnats plus excitants, sans faire injure à notre Ligue 1. À son arrivée dans le club phocéen, le natif de Brescia a très vite expliqué qu’il était ici avant tout pour la ferveur populaire du Vélodrome, cœur battant d’une ville ayant reçu une forte immigration et où le taux de pauvreté atteint dans certains quartiers 50%. Le football mis au service des classes populaires, c’est ça qui l’intéresse, c’est ce qui le pousse. Un fils du peuple en zone technique ‘Roby’ doit son attachement à la culture ultra, autant à ses origines sociales qu’à son contexte familial. Son père, responsable des tifosi de Brescia, lui a inculqué ces codes en le faisant participer dès l’enfance aux animations et tifos dans les tribunes du stade Mario-Rigamonti. Cette histoire a aussi facilité son adaptation à l’OM et au Vélodrome, porte d’entrée du mouvement ultra en France. Le 4 octobre dernier, à l’occasion du déplacement sur la pelouse messine, RDZ est apparu “looké”, avec la fameuse Goggle Jacket, veste à lunettes de chez CP Company, devenue au fil du temps vraie pierre angulaire du dressing d’un ultra, au Royaume-Uni mais surtout chez les tifosi transalpins. Au-delà de l’aspect footballistique, le coach phocéen a déjà exprimé publiquement ses positions politiques, ce qui reste rare à ce niveau. Dans un des entretiens ayant eu lieu pour la rédaction de sa biographie, il déclare “J’ai toujours détesté l’injustice. Je n’ai jamais accepté ceux qui se montrent forts avec les faibles. C’est une ligne rouge pour moi. Il faut se montrer fort avec les puissants, avec ceux qui ont le pouvoir, ou bien se taire. S’en prendre aux plus faibles est d’une lâcheté sans nom. Je sais ce que c’est que de se retrouver en situation de faiblesse”. Issu d’un milieu modeste, RDZ a connu la violence sociale étant jeune, notamment suite au licenciement abusif de son père ouvrier. C’est ce qui le poussera à vouloir faire du football sa profession, pour gagner son pain et sortir de la misère mais aussi pour rendre fier son père. Nous avons déjà compris son idée de transmettre aux gens qui souffrent, aux travailleurs, de la joie par le biais du football mais cette idée va en réalité plus loin. Grand admirateur de Diego Maradona, joueur du peuple et défenseur des opprimés, RDZ veut “rendre aux classes populaires leur dignité”, dignité volée par le capitalisme et l’exploitation. Ce qui lui fait un point commun avec la mère de Daniele De Rossi (sic!), qu’il a demandé à rencontrer suite à ses prises de paroles sur les réseaux sociaux se revendiquant ‘communiste’ et pour une répartition des richesses plus juste. Face aux contradictions du football moderne Sans pour autant lire Lénine ou s’investir dans des groupes révolutionnaires, De Zerbi fait un peu figure d’OVNI politique dans le monde du football. Même si ses sorties ne sont pas très fréquentes, ni aussi radicales qu’on pourrait l’espérer, le technicien incarne un contre-modèle, une rupture avec les prises de paroles lisses, aseptisées et frileuses auxquelles les acteurs du football nous ont habitués. Ceci étant dit, difficile de ne pas souligner les contradictions du coach marseillais. Comme lorsque le Bresciani a entraîné le Shaktar Donetsk, propriété de l’oligarque Rinat Akhmetov. Les propriétaires des clubs sont rarement des camarades diriez-vous, peut-on vraiment entraîner au très haut niveau sans avoir à travailler pour un milliardaire ou un fond d’investissement, tout aussi peu recommandable? Et que penser du fait que Mason Greenwood, accusé de violences conjugales et tentatives de viols par son ex-compagne Harriet Robson, ait été sa cible prioritaire pour son premier mercato à la tête de l’OM? Même si le joueur n’a pas été condamné, les vidéos sur internet et le rejet d’une grande partie des supporters des Three Lions quant à son retour en sélection en disent suffisamment sur le personnage. RDZ peut-il se permettre à un tel niveau de pression économique et sportive de se priver d’un joueur comme Greenwood? N’est-ce pas plutôt l’état-major olympien qui est à blâmer pour avoir laissé un tel joueur incarner l’institution sur le terrain? Mais alors, faut-il voir dans la posture de De Zerbi une opération de communication hypocrite? Difficile à dire, mais cela pose une question plus large: est-ce possible d’être de gauche aujourd’hui dans le football professionnel sans entrer en contradiction avec ses propres convictions, sans renoncer à ses idéaux? On peut conclure en citant Salim Lamrani: “Même s’il appartient à une classe ultra privilégiée, il est resté fidèle aux siens”. De Zerbi a, autant que possible, conservé un regard politique, une approche sociale, une mentalité ultra, dans ce milieu ultra-compétitif et hypocrite qui ne se préoccupe que très peu des intérêts des travailleurs et des minorités alors que l’odeur de l’argent devient nauséabonde. Sans en gommer les paradoxes, nous ne pouvons que saluer les prises de paroles rafraîchissantes du coach italien. Elles ont le mérite d’exister dans un océan de politiquement correct et de prétendu apolitisme.

Listes noires des sociétés et sites non autorisés : Forex, options binaires, biens divers, produits dérivés sur crypto-actifs, usurpations...
La liste ci-dessous répertorie les acteurs figurant sur les listes noires, ayant fait l’objet d’une mise en garde publiée par l'Autorité des marchés financiers et/ou usurpant un acteur régulé. Attention : ce tableau et ces listes sont mis à jour régulièrement mais ne peuvent être exhaustifs : de nouveaux acteurs non autorisés apparaissent régulièrement. En complément, vous pouvez utiliser le service I-SCAN qui donne accès aux listes noires de plus de 150 régulateurs dans le monde ; mais gardez en tête qu’une société non autorisée dans un pays peut toutefois l'être dans un autre.Si la société que vous recherchez ne figure pas sur les listes noires, vous devez tout de même vérifier qu'elle dispose des autorisations nécessaires pour exercer son activité en France. Les signaux qui doivent vous alerter : vous ne connaissez pas la personne qui vous contacte, on vous promet des rendements très élevés et sans risque, vous devez prendre une décision rapidement, vous devez effectuer un virement sur un RIB à l'étranger. En cas de doute sur une proposition d'investissement : faites le test pour estimer le niveau de risque d'arnaque et contactez AMF Epargne Info Service.Vous pouvez télécharger nos 6 listes noires thématiques en cliquant sur « Télécharger nos listes noires ». Pour retrouver l'ensemble de nos mises en garde nominatives et thématiques, cliquez ici.Concernant les produits bancaires (livrets, crédits, moyens de paiement) ou d'assurance, reportez-vous aux listes noires disponibles sur le site ABE info service.Vous pouvez accéder aux listes noires des entités non autorisées à proposer des produits ou services financiers en France sur le site data.gouv.fr.

Risque de pénurie de carburants : "Avril devrait être bien pire que mars", prévoit une spécialiste
Les infrastructures énergétiques sont désormais au cœur de la guerre au Moyen-Orient. Celles qui ont été attaquées ne pourront pas refonctionner normalement avant "une longue période, voire des années", selon Anne-Sophie Corbeau, chercheuse spécialiste de l'énergie.

Indonésie: le FC Rainfall utilise le terrain de football comme un terrain de lutte
Depuis quelques années, l'Indonésie voit l'émergence de clubs alternatifs opposés à la fédération officielle (PSSI) et au gouvernement. Le FC Rainfall est probablement le représentant de ce mouvement avec le projet le plus avancé. Ramadhan Sigih Pratama nous en parle dans cet article initialement publié sur le média Halimun Sakala. Ce n’est pas un phénomène nouveau que les terrains de football deviennent des champs de résistance face à l’arbitraire du pouvoir. Il suffit de jeter un regard sur l’Histoire, en 1930, quand un ingénieur civil a tenté d’insuffler un esprit de lutte en fondant une fédération destinée à s’opposer au gouvernement colonial néerlandais. Son nom: Soeratin Sosrosoegondo. Sous l’administration coloniale néerlandaise, la fédération de football indonésienne – aujourd’hui appelée PSSI (Persatuan Sepak Bola Seluruh Indonesia) – cherchait à s’opposer au pouvoir à travers le football. Outre le rejet de toutes les formes d’oppression, elle combattait également la commercialisation du football menée par les autorités des Indes néerlandaises. La popularité croissante du football parmi la population locale était exploitée par le gouvernement colonial pour engranger des profits considérables. De plus, les Néerlandais interdisaient aux indigènes de participer à l’industrie du football, entièrement contrôlée par la fédération coloniale NIVB (Nederlands Indische Voetbal Bond). Celle-ci n’accordait qu’aux Européens blancs le droit de jouer au football. Les indigènes en étaient exclus sous prétexte d’une prétendue inégalité de niveau entre autochtones et Européens. Il s’agissait évidemment d’une discrimination flagrante envers les Indonésiens. Face à cela, le dégoût du peuple indigène envers le gouvernement néerlandais ne faisait que s’amplifier. À cette époque, le football avait progressivement cessé d’être un divertissement pour toutes les couches de la société. Quittons un instant l’époque coloniale. Près d’un siècle plus tard, en 2023, naît un club de football issu de la base, fondé par ses propres supporters, nommés les Deer Troops. À l’image de Soeratin, ce club alternatif originaire de la “Ville de la Pluie” porte aussi un esprit de résistance par le football. Il s’appelle FC Rainfall: une équipe alternative qui veut offrir une antithèse à l’industrie du football indonésien qui est selon eux gangrénée par la corruption, la commercialisation à outrance, la violence, les matchs truqués et d’autres formes de dérives. Aujourd’hui, la fédération indonésienne, qui a 95 ans, s'est éloignée des intentions initiales de son fondateur. L’histoire de l’Indonésie a pourtant démontré que le football ne se limite pas à donner des coups de pied dans un ballon; il peut devenir un outil de résistance face au pouvoir en place. Lors des matchs du FC Rainfall, il n’est donc guère surprenant de voir autour du terrain des banderoles contestataires, des drapeaux de lutte et des chants critiques résonner depuis les tribunes. L'alliance du foot et de la punk attitude Bien que séparées par le temps, ces deux époques partagent une même essence: la résistance. Comme la PSSI de Soeratin, Rainfall et les Deer Troops se posent en antagonisme au football officiel en proposant des matchs à prix accessible, divertissants, sûrs, ouverts à tous sans distinction d'âge, de genre, ni barrière sociale. Ils veulent se démarquer des clubs affiliés à la fédération, jugés soumis à celle-ci, et englués dans le cercle vicieux de la commercialisation. Sans sponsors, FC Rainfall vit et se développe depuis environ deux ans dans le milieu du football alternatif. Propriétaires du club, les Deer Troops jouent un rôle central dans son évolution, chaque décision étant prise avec leur participation. L’argent ne fait certes pas tout, mais il est difficile de nier qu'on finit toujours par en avoir besoin. Ainsi, en plus des contributions collectives permettant de rassembler des fonds pour les besoins du club, les billets d'entrée pour les matchs du FC Rainfall sont vendus entre 15 000 et 20 000 roupies indonésiennes (NdT: entre 0,80 et 1 euro). Est-ce suffisant? La réponse est non. Pour subvenir à ses besoins et élargir son influence, le FC Rainfall a aussi lancé du merchandising et sorti des t-shirts et maillots, en collaboration avec des groupes musicaux – comme The Kuda, groupe punk de Bogor connu pour ses critiques sociales acerbes –partageant les mêmes frustrations et la même passion pour le football. Depuis Jakarta, le groupe Morfem, auteur du titre “Rayakan Pemanang”, a sorti deux maillots en partenariat avec le FC Rainfall, dont l’un est devenu un produit officiel lors de leur tournée au Japon, Terepooteshion Tour. Le groupe punk rock Dongker, de Bandung, a également collaboré avec Rainfall à l’occasion de la sortie de son album Ceriwis Necis. Les bénéfices de ces ventes financent toutes les activités du club, sur et en dehors du terrain. Ces collaborations ne visent pas seulement à couvrir les dépenses, mais aussi à faire connaître le club dans divers milieux. Et cela fonctionne: la popularité de FC Rainfall ne cesse de croître. Fédérer, nouer des liens Leur slogan, “Football Friendship Forever”, illustre aussi leur volonté de nouer des liens au-delà des frontières. Rainfall n’est pas seulement connecté aux clubs alternatifs indonésiens; il a également tissé des relations à l’étranger, notamment avec Shah Alam Antlers FC, club alternatif de Malaisie animé par les mêmes refus. Un déplacement du FC Rainfall en Malaisie a même été envisagé: une rencontre attendue entre deux clubs alternatifs voisins, unis par le même feu contestataire. Revenons au football comme outil de lutte. Nous savons que la fédération de football – aujourd’hui dirigée par Erick Thohir – fut à l’origine un instrument de résistance contre le colonialisme néerlandais. Le chemin parcouru par la PSSI est long: lutte contre la colonisation hier, lutte contre ses propres dérives aujourd’hui. C’est dans ce contexte que le FC Rainfall a vu le jour: par dégoût du football indonésien sous la tutelle de la PSSI. À l’heure où les rivalités toxiques pullulent, où la commercialisation prime et où des matchs sont truqués en toute impunité, Rainfall et ses “Cerfs” se dressent pour rétablir le football comme loisir populaire et outil de lutte. Leur objectif n’est pas la performance sportive, mais celle-ci n’est pas absente pour autant: le FC Rainfall a remporté plusieurs trophées dans diverses compétitions amateurs. Il participe régulièrement à des tournois alternatifs, dont l’un des plus importants est le MayDay Collective Football, organisé chaque 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs: un moment idéal pour célébrer le football alternatif et rallumer les braises de la contestation. Des clubs sont venus de Bandung, de Bogor, de Bekasi, de Tangerang, de Jakarta et d’ailleurs pour y participer. Lorsqu’en 2024 Bogor a accueilli l’événement, des milliers de fans ont célébré un football abordable, sûr et résolument contestataire. Beaucoup d’amateurs espèrent voir un jour la création d’une ligue officielle du football alternatif, réunissant des clubs comme FC Rainfall, Middleway, Urbanside, Kalibrug, Port City Wanderers, Fortress VB, FSV Metopen et bien d’autres. Au vu de l’engouement et du réseau qui s’étend entre clubs alternatifs à travers les villes d’Indonésie, une ligue amateur parallèle à la ligue officielle n’a rien d’impossible. Son objectif serait de rendre au football son rôle de divertissement sûr pour tous, et un espace de résistance contre les dérives de la fédération et du gouvernement, en écho à l’esprit de Soeratin dans sa lutte contre le colonialisme. “Faire résonner la voix de la résistance à travers le football” Mais tout dépendra des individus engagés dans ce mouvement alternatif. Chacun possède sa manière et sa stratégie pour exprimer son refus des abus dans le monde du football. Dès lors, une question demeure: jusqu’où le FC Rainfall et les clubs alternatifs indonésiens porteront-ils la colère de leurs supporters? Et quelle attention les acteurs du terrain accorderont-ils aux enjeux qui dépassent le rectangle vert? Pour conclure, je veux exprimer un souhait. À Bogor, ville des pluies imprévisibles, un ciel clair n’est jamais la garantie qu’il ne pleuvra pas. Bien au contraire: il arrive qu’un ciel radieux se transforme soudain en un déluge capable d’emporter tout sur son passage. Puisse le FC Rainfall devenir cette averse, une menace pour cette fédération gangrenée et ce gouvernement arbitraire. Puisse-t-il utiliser pleinement sa popularité comme levier de contestation et faire résonner toujours plus fort la voix de la résistance à travers le football. Pour que tout cela ne se réduise pas, à la fin, à un fanatisme sportif stérile, qui comme toujours finit par ne laisser que des larmes. Traduit du bahasa à l'aide de Deepl, relu et validé par l'auteur

Pia Sundhage, la meilleure coach du monde et le boycott de la Maison Blanche
En menant la sélection féminine suisse en 1/4 de finale de l'Euro 2025 disputé à domicile, Pia Sundhage a rempli sa mission. Plusieurs observateurs attribuent cette qualification historique à l'état d'esprit insufflé par la sélectionneuse suédoise à ses joueuses. Portrait d'une figure emblématique du football féminin international. Après avoir été à la tête de l'équipe nationale féminine du Brésil entre 2019 et 2023, Pia Sundhage a pris les rênes de la Suisse en 2024 avec l'objectif de bâtir un projet solide autour de l'Euro 2025. Affronter la sélection espagnole en 1/4 de finale est comme un cadeau, un appel à créer l'exploit. « Les joueuses ont davantage confiance en elles lorsqu'elles sont au top de leur forme », a expliqué Pia Sundhage qui applique les préceptes de management qui en ont fait une des toutes meilleures coachs de l’histoire du football féminin, à la même table que Jill Ellis et Sarina Wiegman. Son expérience fait autorité et la fédération helvète y a vu la figure idéale pour faire passer un cap à l’équipe. Originaire de la région de Göteborg, Pia Sundhage a le football dans les veines. Avant de devenir une coach incontournable, elle a été une des meilleures footballeuses du monde avec une carrière longue de 22 ans. Contrainte, jeune, de se camoufler derrière un prénom masculin pour pouvoir jouer au football, elle a honoré sa première cape en équipe nationale à seulement 15 ans. Avec ses 71 buts en 146 matchs sous le maillot suédois, elle a d'ailleurs longtemps été la meilleure buteuse de la sélection avant d'être détrônée par Hanna Ljungberg, puis Lotta Schelin. Auteure du tir au but victorieux lors de l’Euro 1984, elle est aussi connue pour avoir inscrit le premier but du premier match féminin joué à Wembley. « C’était énorme. Je me souviens de l’émotion d’être sur ce terrain légendaire. Marquer ce but a été un moment fort de ma carrière », a-t-elle raconté plus tard. « Je suis rouge! » Après avoir raccroché les crampons en 1996, elle rejoint le staff de la sélection nationale pour les grandes compétitions, avant de partir aux États-Unis, une des patries du football féminin. Là-bas, elle prend place sur le banc des Philadelphia Charge, puis des Boston Breakers. Elle y est élue “meilleure entraîneur de l'année” en 2003 et forge sa réputation. En novembre 2007, elle remplace Greg Ryan à la tête d'une sélection féminine américaine qui sort d'une décevante troisième place en Coupe du Monde, avec une petite humiliation subie face au Brésil en 1/2 finale. Pia Sundhage est alors apparue comme le visage d'une nécessaire révolution. Celle-ci se traduira par deux médailles d’or olympique (en 2008 à Pékin et en 2012 à Londres) et une finale lors de la Coupe du monde 2011, perdue aux tirs au but face au Japon. Ce que Pia Sundhage a construit aux States, c'est une équipe quasi invincible avec la statistique impressionnante de 91 victoires en 107 matchs, pour seulement 6 défaites. Triompher chez l'Uncle Sam est un paradoxe pour celle qui est connue en Suède pour une certaine proximité philosophique avec le Parti Communiste et son journal Proletären. Certains médias relèvent aussi qu'elle a déjà effectué un don de quelques milliers d'euros au Proletären FF, une équipe de football communiste de Göteborg. « Je suis rouge! », avait-elle d'ailleurs déclaré au média suédois Expressen. « Je ne crois pas au capitalisme. Je crois dans le fait de faire les choses en commun ». Pia Sundhage s'est aussi exprimée sans détour sur son homosexualité, ce qui en fait une voix qui porte pour la cause LGBTQ+ dans le sport. « Si les gens me posent la question, je réponds: “Oui, je suis lesbienne”, et c’est comme ça. Je n’ai jamais eu de problème à cause de cela… C’était difficile quand j’avais vingt ans en Suède, mais je m’en fichais. C’est moi. À prendre ou à laisser. » Une manière de ne laisser aucune prise aux conservateurs, une source de force, encore plus à la tête de la sélection américaine. « Pas son genre de papoter gentiment avec George W. Bush » Les succès de l'équipe nationale américaine lui vaudront d'être invitée à la Maison Blanche. Elle refusera une première fois de s'y rendre, invitée par George W. Bush avec l'équipe, après la victoire aux JO 2008. Elle s'offrira le luxe, trois ans plus tard, de récidiver en déclinant l'invitation de Barack Obama. « Qu'est-ce que j'irai faire là-bas? », avait rétorqué Sundhage à ceux qui l'avait questionnée à ce sujet. « C’est une décision facile, je ne suis pas intéressée, et je ne trouve pas cela amusant ». Serrer la main des présidents américains qui répandent la guerre en Afghanistan et en Irak, ce n'est pas trop la tasse de thé de cette immense fan de Bob Dylan. Ceux qui la connaissaient vraiment à l’époque n’ont pas été surpris. Pour Ivar Andersen, rédacteur du journal Dala-Demokraten, « c'est une socialiste convaincue, ce n'est pas son genre d'aller à la Maison-Blanche pour papoter gentiment avec George W. Bush. Pia connaît ses convictions politiques ». Des idées solidement ancrées à gauche qu'elle a su transposer dans le monde du football capitaliste avec un management réputé bienveillant, sécurisant et structuré. Pour tirer le meilleur des individualités, elle travaille beaucoup sur la confiance en soi. « J’essaie d’utiliser mon langage corporel pour souligner ce qui est positif. Je cherche les choses réussies, plutôt que de corriger constamment les erreurs », a-t-elle expliqué en 2011 dans une interview. Une pionnière Dans sa carrière, Pia Sundhage a su tirer le meilleur de joueuses aussi iconiques que Megan Rapinoe, Abby Wambach et Hope Solo aux États-Unis, ou encore Marta et Cristiane au Brésil. On lui reconnaît une grande capacité à gérer les égos et à fédérer autour de son projet. Elle privilégie les valeurs collectives, l’intelligence de jeu, et la progression mentale des joueuses, ce qui en fait une formatrice autant qu’une tacticienne. Un de ses outils est le ratio de “sept retours positifs pour une critique négative”. Ce qui ressemble sur le papier à une formule magique dérivée de la psychologie positive entrepreneuriale a pour effet de limiter la peur de l’erreur chez les joueuses et de débloquer la prise d’initiative. Ivar Andersen a plaidé dans une tribune pour que Pia Sundhage soit nommée sélectionneuse de l’équipe masculine. Mais même en Suède, le monde du football n'est pas prêt pour ce type de chamboulement. Pas encore.

Les honnêtes gens et le sale boulot
2Je ne fais pas ressurgir le cas de l’Endloesung (la solution finale) nazie de la question juive pour condamner les Allemands ou les faire paraître pires que les autres, mais pour rappeler à notre attention la dangerosité toujours tapie en nous. Une grande partie de ce qui suit fut écrite après mon premier séjour après-guerre en Allemagne, en 1948. Mes impressions furent vives. Les faits ne se sont pas amoindris et n’ont pas disparu avec le temps, comme l’ont fait les histoires des atrocités que les Allemands sont censés avoir perpétrées en Belgique pendant la Première Guerre mondiale. Plus les comptes-rendus étaient exhaustifs, pires ils étaient [3].
Parole à la défense: petite histoire politique du catenaccio
Système de jeu bien précis qui a longtemps, pour le meilleur comme pour le pire, fait la renommée des équipes italiennes, le catenaccio appartient désormais à l'Histoire. Remontons aux sources d'un système tactique passé des mains des plus faibles à celles des plus forts, avant de disparaître sous le rouleau compresseur du football moderne. La victoire de la Squadra Azzura au Mondial 82, à la faveur d'une organisation défensive étanche, lui a permis d'atteindre son apogée sous sa version modernisée: la Zona Mista. Mais pour la plupart des observateurs, c'est bien le catenaccio qui a été célébré à cette occasion. Les deux principales forces parlementaires de l'après-guerre, les démocrates chrétiens et les communistes, avaient applaudi de concert. “San Catenaccio” titrera d'ailleurs le lendemain le journal La Repubblica, dans un élan de fierté patriotique, sous la plume de Gianni Brera. L'emblématique journaliste sportif a plaidé très tôt en faveur de ce système, dont il a inventé le nom, bien avant qu'Helenio Herrera ne le fasse voyager en Europe et ne le consolide comme un symbole du jeu “à l'italienne” et son mythe de la victoire 1-0. Le football italien a longtemps traîné le catenaccio comme une “mauvaise réputation”, synonyme de mentalité anti-sportive visant à casser le jeu de son adversaire. “Aucun système tactique n'est plus célèbre que le catenaccio. Pour des générations entières, ce mot représente le football italien dans tout ce qu'il a de plus paranoïaque, de négatif et de brutal”, écrit Jonathan Wilson dans son monumental La Pyramide inversée. Au rang des reproches: ralentissement du jeu, primauté excessive du résultat et prise de risque minimale. Derrière les représentations et les caricatures, les premières expériences de catenaccio sont pourtant le fruit d'équipes cherchant un chemin pour déjouer la supériorité évidente des grosses écuries. Gianni Brera estimait que les Italiens, éprouvés par les difficultés de l'après-guerre, souffraient d'un déficit physique par rapport à d'autres nations et qu'il leur était nécessaire d'opposer de la cohésion, doublée d'un certain art de la roublardise. La philosophie du catenaccio repose aussi sur le postulat que la défense dispose d'un avantage stratégique sur l'attaque. Comme l'enseigne la théorie militaire de Clausewitz, une position est plus facile à conserver qu'à conquérir. Ce catenaccio originel est en fait une métaphore de la résistance. Le philosophe marxiste Toni Negri dira à ce propos dans une interview accordée à Libération en 2006: “C'était la lutte des classes: on était faible et on devait se défendre”. Le “verrou suisse”, l'idée de Karl Rappan Avant d'être un ciment d'unité nationale, le catenaccio a eu plusieurs vies. Plus qu'une invention sortie d'un seul cerveau, c'est le résultat d'une succession d'expérimentations tactiques. Dans son livre Calcio, history of italian football, John Foot parle de “catenaccio primitif” pour identifier les premiers schémas défensifs recourant au libero, avant même que le terme ne soit inventé par Brera. Ce joueur “libre de toute tâche de marquage” formant la charnière avec le stoppeur, est la pièce-maîtresse du catenaccio. Ce poste a vu le jour dans les années 30 et est en fait un héritage direct du “verrou suisse”. On doit cette innovation à l'entraîneur autrichien Karl Rappan. Après s'y être essayé dans l'anonymat du championnat helvète, c'est à la tête de la Nati, dans les années 30, qu'il obtiendra ses résultats les plus convaincants, notamment en éliminant l'Allemagne nazie lors du Mondial 1938, organisé en France. Le technicien peaufinait son système depuis quelques temps et avait pu en mesurer l'efficacité face à l'Angleterre en amical, quinze jours avant le début de la compétition. Son idée? Remodeler le 2-3-5 classique en un 4-3-3 défensif. Pour remédier aux failles de son équipe et contenir les assauts adverses, Rappan renforce son assise en reculant deux joueurs. Il repense ainsi sa ligne arrière en postant un de ses deux centraux dans une position reculée, comme une soupape de sécurité. Appelé à être toujours placé entre son but et le ballon, ce proto-libero, la presse suisse l'a nommé le “verrouilleur”. Celui à qui on a confié la clé du cadenas. Pour la Suisse de Rappan, c'est le rugueux Severino Minelli, déjà utilisé dans ce rôle au Grasshopper Zurich, qui aura ce rôle. Mais sur le moment, la presse n'a pas semblé relever la prouesse tactique. Selon Jonathan Wilson, “le verrou ne fut jamais considéré autrement que comme une curiosité, un moyen pour les équipes inférieures de frustrer les meilleures, rien de plus”. Il serait d'ailleurs sûrement tombé aux oubliettes sans ce succès en Coupe du Monde, écrivant une de ces pages légendaire de l'histoire du football et infligeant un premier revers symbolique au IIIe Reich. D'une arme d'outsiders à une arme de dominants Dans la Botte, c'est Gipo Viani, entraîneur de la Salernitana, qui est connu pour avoir systématisé l'emploi du libero après-guerre. Il faut faire face à la domination écrasante des équipes du Nord industriel, plus riches et capables de recruter les meilleurs joueurs. Dans une Italie qui n'a d'yeux que pour le jeu flamboyant du Grande Torino, la réussite du “Vianema” est très relative. Il n'empêchera pas la Salernitana de descendre, ni d'encaisser un mémorable 7-1 face à ce Torino qui a survolé ce championnat – à la fois meilleure attaque (125 buts) et meilleure défense (33 buts) – de la saison 1947/48. Tableau d'une époque où la meilleure défense était réellement l'attaque. Lors de la même saison, c'est du côté de Trieste qu'est venue la surprise du “patron”. Le catenaccio de Nereo Rocco, jeune coach de 35 ans, mènera la Triestina sur la deuxième marche du podium de la Serie A, ex æquo avec la Juventus et le Milan AC. Après avoir rodé sa philosophie à Trieste, Nereo Rocco obtiendra une mythique 3e place avec Padoue lors de la saison 57/58. Le coach fait du catenaccio l'arme idéale des équipes moins calibrées sur le papier. Cette position assumée a été résumée dans une anecdote. Avant un match face à la Juventus, à un journaliste qui lui a lancé un mécanique “Que le meilleur gagne!”, Rocco aurait rétorqué “Espérons que non!”. Au même moment, tandis que le Brésil popularise le 4-2-4 et que les défenses en ligne se développent, les grandes équipes italiennes commencent, elles aussi, à s'approprier le catenaccio. L'arme des outsiders devient progressivement celle des dominants. Une réappropriation “bourgeoise” presque logique dans un football qui se rationalise à mesure qu'il se modernise. Nereo Rocco, passé sur le banc du grand Milan AC, contribuera beaucoup à en faire un modèle hégémonique. En réalité, la transition vers la période de domination du catenaccio sur le football italien avait déjà été amorcée par le scudetto de l'Inter Milan d'Alberto Foni, lors de la saison 52/53. Foni avait installé Ivano Blason en libero, souvent présenté comme le premier vrai spécialiste du poste. Un succès qui avait été accueilli par le scepticisme d'une péninsule qui n'était pas encore culturellement acquise au dogme défensif. Le public déplorait son style anti-spectaculaire. Le football transalpin commençait à peine à faire le deuil du Grande Torino, dont la quasi totalité de l'effectif avait été décimé lors de la tragédie de Superga le 4 mai 1949, et de son football résolument tourné vers l'offensive. L'Histoire associe surtout le catenaccio au nom d'Helenio Herrera. À la tête de l'Inter Milan, l'entraîneur argentin, fils de réfugiés anarchistes espagnols, multipliera les titres entre 1963 et 1966, dont un triplé – Championnat, Coupe d'Europe, Coupe Intercontinentale – en 1965. Cet Inter est une machine physique, mais il ne s'agit pas “seulement” de maîtriser l'art du marquage individuel. Une de ses marques de fabrique est l'utilisation de Giacinto Facchetti comme latéral offensif, au sein d'une défense où Armando Picchi est connu pour gérer la profondeur à la perfection. C'est aussi le premier relanceur dans ce plan de jeu basé sur le “contropiede”, la contre-attaque. L'Inter d'Herrera disposait aussi, au milieu, d'un distributeur hors pair avec Luis Suárez, dont le jeu long pour lancer Corso, Mazzola et Jair, faisait beaucoup de mal à l'adversaire. Comment est mort le catenaccio Comme sa création, sa disparition sera aussi le fruit d'un processus. La défaite de 1970 face au jeu offensif flamboyant de la sélection brésilienne, mettra en lumière les limites du marquage individuel, face au mouvement du “football total”. Perfectionnée à la fin des années 1970 par Giovanni Trapattoni à la Juventus et Luigi Radice au Torino, la Zona Mista lui apportera des retouches avec l'intégration du marquage en zone et un meilleur sens du pressing. Ce qui vaut souvent à la Zona Mista d'être présentée comme une synthèse entre le catenaccio italien et le “football total” néerlandais. Le coup de grâce sera porté par le Milan AC d'Arrigo Sacchi qui scellera le sort du libero et du marquage individuel, avec sa défense en ligne et en zone. C'est une rupture majeure qui fera de son Milan AC l'un des tous meilleurs clubs européens. Si les caractéristiques majeures du catenaccio ont disparu, son héritage perdure dans l'imaginaire et dans le commentaire médiatique qui feraient planer son fantôme au-dessus du moindre bloc bas.

Ni Dieu Ni Maître : L’histoire secrète de l’anarchisme mondial – Documentaire Politique - AT
D'où vient la bascule dans "Le monde confisqué" ?
La finitude des ressources et autres explications.
