







Système de jeu bien précis qui a longtemps, pour le meilleur comme pour le pire, fait la renommée des équipes italiennes, le catenaccio appartient désormais à l'Histoire. Remontons aux sources d'un système tactique passé des mains des plus faibles à celles des plus forts, avant de disparaître sous le rouleau compresseur du football moderne. La victoire de la Squadra Azzura au Mondial 82, à la faveur d'une organisation défensive étanche, lui a permis d'atteindre son apogée sous sa version modernisée: la Zona Mista. Mais pour la plupart des observateurs, c'est bien le catenaccio qui a été célébré à cette occasion. Les deux principales forces parlementaires de l'après-guerre, les démocrates chrétiens et les communistes, avaient applaudi de concert. “San Catenaccio” titrera d'ailleurs le lendemain le journal La Repubblica, dans un élan de fierté patriotique, sous la plume de Gianni Brera. L'emblématique journaliste sportif a plaidé très tôt en faveur de ce système, dont il a inventé le nom, bien avant qu'Helenio Herrera ne le fasse voyager en Europe et ne le consolide comme un symbole du jeu “à l'italienne” et son mythe de la victoire 1-0. Le football italien a longtemps traîné le catenaccio comme une “mauvaise réputation”, synonyme de mentalité anti-sportive visant à casser le jeu de son adversaire. “Aucun système tactique n'est plus célèbre que le catenaccio. Pour des générations entières, ce mot représente le football italien dans tout ce qu'il a de plus paranoïaque, de négatif et de brutal”, écrit Jonathan Wilson dans son monumental La Pyramide inversée. Au rang des reproches: ralentissement du jeu, primauté excessive du résultat et prise de risque minimale. Derrière les représentations et les caricatures, les premières expériences de catenaccio sont pourtant le fruit d'équipes cherchant un chemin pour déjouer la supériorité évidente des grosses écuries. Gianni Brera estimait que les Italiens, éprouvés par les difficultés de l'après-guerre, souffraient d'un déficit physique par rapport à d'autres nations et qu'il leur était nécessaire d'opposer de la cohésion, doublée d'un certain art de la roublardise. La philosophie du catenaccio repose aussi sur le postulat que la défense dispose d'un avantage stratégique sur l'attaque. Comme l'enseigne la théorie militaire de Clausewitz, une position est plus facile à conserver qu'à conquérir. Ce catenaccio originel est en fait une métaphore de la résistance. Le philosophe marxiste Toni Negri dira à ce propos dans une interview accordée à Libération en 2006: “C'était la lutte des classes: on était faible et on devait se défendre”. Le “verrou suisse”, l'idée de Karl Rappan Avant d'être un ciment d'unité nationale, le catenaccio a eu plusieurs vies. Plus qu'une invention sortie d'un seul cerveau, c'est le résultat d'une succession d'expérimentations tactiques. Dans son livre Calcio, history of italian football, John Foot parle de “catenaccio primitif” pour identifier les premiers schémas défensifs recourant au libero, avant même que le terme ne soit inventé par Brera. Ce joueur “libre de toute tâche de marquage” formant la charnière avec le stoppeur, est la pièce-maîtresse du catenaccio. Ce poste a vu le jour dans les années 30 et est en fait un héritage direct du “verrou suisse”. On doit cette innovation à l'entraîneur autrichien Karl Rappan. Après s'y être essayé dans l'anonymat du championnat helvète, c'est à la tête de la Nati, dans les années 30, qu'il obtiendra ses résultats les plus convaincants, notamment en éliminant l'Allemagne nazie lors du Mondial 1938, organisé en France. Le technicien peaufinait son système depuis quelques temps et avait pu en mesurer l'efficacité face à l'Angleterre en amical, quinze jours avant le début de la compétition. Son idée? Remodeler le 2-3-5 classique en un 4-3-3 défensif. Pour remédier aux failles de son équipe et contenir les assauts adverses, Rappan renforce son assise en reculant deux joueurs. Il repense ainsi sa ligne arrière en postant un de ses deux centraux dans une position reculée, comme une soupape de sécurité. Appelé à être toujours placé entre son but et le ballon, ce proto-libero, la presse suisse l'a nommé le “verrouilleur”. Celui à qui on a confié la clé du cadenas. Pour la Suisse de Rappan, c'est le rugueux Severino Minelli, déjà utilisé dans ce rôle au Grasshopper Zurich, qui aura ce rôle. Mais sur le moment, la presse n'a pas semblé relever la prouesse tactique. Selon Jonathan Wilson, “le verrou ne fut jamais considéré autrement que comme une curiosité, un moyen pour les équipes inférieures de frustrer les meilleures, rien de plus”. Il serait d'ailleurs sûrement tombé aux oubliettes sans ce succès en Coupe du Monde, écrivant une de ces pages légendaire de l'histoire du football et infligeant un premier revers symbolique au IIIe Reich. D'une arme d'outsiders à une arme de dominants Dans la Botte, c'est Gipo Viani, entraîneur de la Salernitana, qui est connu pour avoir systématisé l'emploi du libero après-guerre. Il faut faire face à la domination écrasante des équipes du Nord industriel, plus riches et capables de recruter les meilleurs joueurs. Dans une Italie qui n'a d'yeux que pour le jeu flamboyant du Grande Torino, la réussite du “Vianema” est très relative. Il n'empêchera pas la Salernitana de descendre, ni d'encaisser un mémorable 7-1 face à ce Torino qui a survolé ce championnat – à la fois meilleure attaque (125 buts) et meilleure défense (33 buts) – de la saison 1947/48. Tableau d'une époque où la meilleure défense était réellement l'attaque. Lors de la même saison, c'est du côté de Trieste qu'est venue la surprise du “patron”. Le catenaccio de Nereo Rocco, jeune coach de 35 ans, mènera la Triestina sur la deuxième marche du podium de la Serie A, ex æquo avec la Juventus et le Milan AC. Après avoir rodé sa philosophie à Trieste, Nereo Rocco obtiendra une mythique 3e place avec Padoue lors de la saison 57/58. Le coach fait du catenaccio l'arme idéale des équipes moins calibrées sur le papier. Cette position assumée a été résumée dans une anecdote. Avant un match face à la Juventus, à un journaliste qui lui a lancé un mécanique “Que le meilleur gagne!”, Rocco aurait rétorqué “Espérons que non!”. Au même moment, tandis que le Brésil popularise le 4-2-4 et que les défenses en ligne se développent, les grandes équipes italiennes commencent, elles aussi, à s'approprier le catenaccio. L'arme des outsiders devient progressivement celle des dominants. Une réappropriation “bourgeoise” presque logique dans un football qui se rationalise à mesure qu'il se modernise. Nereo Rocco, passé sur le banc du grand Milan AC, contribuera beaucoup à en faire un modèle hégémonique. En réalité, la transition vers la période de domination du catenaccio sur le football italien avait déjà été amorcée par le scudetto de l'Inter Milan d'Alberto Foni, lors de la saison 52/53. Foni avait installé Ivano Blason en libero, souvent présenté comme le premier vrai spécialiste du poste. Un succès qui avait été accueilli par le scepticisme d'une péninsule qui n'était pas encore culturellement acquise au dogme défensif. Le public déplorait son style anti-spectaculaire. Le football transalpin commençait à peine à faire le deuil du Grande Torino, dont la quasi totalité de l'effectif avait été décimé lors de la tragédie de Superga le 4 mai 1949, et de son football résolument tourné vers l'offensive. L'Histoire associe surtout le catenaccio au nom d'Helenio Herrera. À la tête de l'Inter Milan, l'entraîneur argentin, fils de réfugiés anarchistes espagnols, multipliera les titres entre 1963 et 1966, dont un triplé – Championnat, Coupe d'Europe, Coupe Intercontinentale – en 1965. Cet Inter est une machine physique, mais il ne s'agit pas “seulement” de maîtriser l'art du marquage individuel. Une de ses marques de fabrique est l'utilisation de Giacinto Facchetti comme latéral offensif, au sein d'une défense où Armando Picchi est connu pour gérer la profondeur à la perfection. C'est aussi le premier relanceur dans ce plan de jeu basé sur le “contropiede”, la contre-attaque. L'Inter d'Herrera disposait aussi, au milieu, d'un distributeur hors pair avec Luis Suárez, dont le jeu long pour lancer Corso, Mazzola et Jair, faisait beaucoup de mal à l'adversaire. Comment est mort le catenaccio Comme sa création, sa disparition sera aussi le fruit d'un processus. La défaite de 1970 face au jeu offensif flamboyant de la sélection brésilienne, mettra en lumière les limites du marquage individuel, face au mouvement du “football total”. Perfectionnée à la fin des années 1970 par Giovanni Trapattoni à la Juventus et Luigi Radice au Torino, la Zona Mista lui apportera des retouches avec l'intégration du marquage en zone et un meilleur sens du pressing. Ce qui vaut souvent à la Zona Mista d'être présentée comme une synthèse entre le catenaccio italien et le “football total” néerlandais. Le coup de grâce sera porté par le Milan AC d'Arrigo Sacchi qui scellera le sort du libero et du marquage individuel, avec sa défense en ligne et en zone. C'est une rupture majeure qui fera de son Milan AC l'un des tous meilleurs clubs européens. Si les caractéristiques majeures du catenaccio ont disparu, son héritage perdure dans l'imaginaire et dans le commentaire médiatique qui feraient planer son fantôme au-dessus du moindre bloc bas.
Le Ladies Football Club, de Stefano Massini
Le football féminin doit beaucoup à ces pionnières qui, envers et contre tout, ont mis le pied sur le ballon, dans la cour des usines d'armement pendant la 1ère Guerre mondiale. Voici le cadre du livre Le Ladies Football Club, signé Stefano Massini et traduit de l'italien par Nathalie Bauer. Sorti aux éditions Globe en février 2021, puis en version poche aux éditions 10/18 en 2023, quelques mois avant la Coupe du Monde féminine disputée en Australie et Nouvelle-Zélande, ce texte vif a tout de la bonne lecture estivale. Fiction écrite en vers libres, Le Ladies Football Club met en scène une équipe composée de munitionnettes, comme il en a poussé plusieurs dans les usines d'armement britanniques pendant la Guerre 14-18, à l'image du mythique Dick, Kerr's Ladies FC. Nous sommes, le 6 avril 1917. Violet Chapman lance le mouvement en shootant dans une balle, du moins une forme sphérique s'en approchant, ou s'approchant d'un prototype de la bombe “K4”, prototype connu sous le petit nom de “Sister K”. Ainsi naît le onze féminin de l'usine Doyle & Walker Munitions de Sheffield, et ses maillots sous la plume de Stefano Massini. C'est le premier “âge d'or”du football féminin qui prend forme dans ce texte plein d'humour. Orphelins des hommes partis mourir dans les tranchées françaises, les terrains de football vont voir de nouvelles artistes prendre la place. L'opportunité d'être au centre du jeu, ces ouvrières vont la saisir, non sans se heurter à l'ordre patronal, clérical et patriarcal. Onze ouvrières et une balle On découvre onze joueuses aux traits singuliers et hautes en couleurs, parmi lesquelles l'invisible Sherill Bryan, choisie parce qu'il fallait une onzième, Penelope Anderson qui ne s'exprime qu'à base de maximes loufoques; Olivia Lloyd, experte en détournement de citations, telle une situationniste avant l'heure ou encore Haylie Owen, sorte de porte-parole politique, à qui on doit cette tirade marxiste: «Nous courons derrière une balle, oui monsieur. Et puis qu'est-ce qu'une balle? Un objet fabriqué par des ouvrières comme nous, dans des usines comme la nôtre... Sauf que nous produisons des bombes, et elles, des balles pour le football. Et alors? Ce sont des produits. Identiques. Voilà pourquoi je tape dans cette foutue balle, c'est la fille de l'industrie qui nous exploite toutes, dans la sale, l'affreuse pyramide du travail.» Derrière Le Ladies Football Club, on perçoit la dimension prolétarienne d'un football féminin qui prenait «de plus en plus l'allure d'une vengeance féministe». Le succès rencontré par ces équipes va finir par donner quelques sueurs froides aux dirigeants bourgeois de la Football Association. La puissante fédération finira par contre-attaquer en interdisant le football aux femmes. Un siècle plus tard, si le chemin parcouru est évident, ce qu'il reste à faire pour l'égalité l'est tout autant.

Les honnêtes gens et le sale boulot
2Je ne fais pas ressurgir le cas de l’Endloesung (la solution finale) nazie de la question juive pour condamner les Allemands ou les faire paraître pires que les autres, mais pour rappeler à notre attention la dangerosité toujours tapie en nous. Une grande partie de ce qui suit fut écrite après mon premier séjour après-guerre en Allemagne, en 1948. Mes impressions furent vives. Les faits ne se sont pas amoindris et n’ont pas disparu avec le temps, comme l’ont fait les histoires des atrocités que les Allemands sont censés avoir perpétrées en Belgique pendant la Première Guerre mondiale. Plus les comptes-rendus étaient exhaustifs, pires ils étaient [3].
Les récidivistes - AOC media
Agiter le chiffon rouge de la montée du nazisme reste une vaine superstition si l’on persiste dans les erreurs historiques – faire porter la responsabilité sur les classes populaires et le suffrage universel. Le parallèle avec aujourd’hui est à situer du côté d’une oligarchie soucieuse de barrer la route à la gauche, y compris sociale-démocrate, et qui ne tient plus compte du résultat des législatives. Il n’y a pas de déterminisme à la montée des fascismes : c’est le résultat d’un choix.

Indonésie: le FC Rainfall utilise le terrain de football comme un terrain de lutte
Depuis quelques années, l'Indonésie voit l'émergence de clubs alternatifs opposés à la fédération officielle (PSSI) et au gouvernement. Le FC Rainfall est probablement le représentant de ce mouvement avec le projet le plus avancé. Ramadhan Sigih Pratama nous en parle dans cet article initialement publié sur le média Halimun Sakala. Ce n’est pas un phénomène nouveau que les terrains de football deviennent des champs de résistance face à l’arbitraire du pouvoir. Il suffit de jeter un regard sur l’Histoire, en 1930, quand un ingénieur civil a tenté d’insuffler un esprit de lutte en fondant une fédération destinée à s’opposer au gouvernement colonial néerlandais. Son nom: Soeratin Sosrosoegondo. Sous l’administration coloniale néerlandaise, la fédération de football indonésienne – aujourd’hui appelée PSSI (Persatuan Sepak Bola Seluruh Indonesia) – cherchait à s’opposer au pouvoir à travers le football. Outre le rejet de toutes les formes d’oppression, elle combattait également la commercialisation du football menée par les autorités des Indes néerlandaises. La popularité croissante du football parmi la population locale était exploitée par le gouvernement colonial pour engranger des profits considérables. De plus, les Néerlandais interdisaient aux indigènes de participer à l’industrie du football, entièrement contrôlée par la fédération coloniale NIVB (Nederlands Indische Voetbal Bond). Celle-ci n’accordait qu’aux Européens blancs le droit de jouer au football. Les indigènes en étaient exclus sous prétexte d’une prétendue inégalité de niveau entre autochtones et Européens. Il s’agissait évidemment d’une discrimination flagrante envers les Indonésiens. Face à cela, le dégoût du peuple indigène envers le gouvernement néerlandais ne faisait que s’amplifier. À cette époque, le football avait progressivement cessé d’être un divertissement pour toutes les couches de la société. Quittons un instant l’époque coloniale. Près d’un siècle plus tard, en 2023, naît un club de football issu de la base, fondé par ses propres supporters, nommés les Deer Troops. À l’image de Soeratin, ce club alternatif originaire de la “Ville de la Pluie” porte aussi un esprit de résistance par le football. Il s’appelle FC Rainfall: une équipe alternative qui veut offrir une antithèse à l’industrie du football indonésien qui est selon eux gangrénée par la corruption, la commercialisation à outrance, la violence, les matchs truqués et d’autres formes de dérives. Aujourd’hui, la fédération indonésienne, qui a 95 ans, s'est éloignée des intentions initiales de son fondateur. L’histoire de l’Indonésie a pourtant démontré que le football ne se limite pas à donner des coups de pied dans un ballon; il peut devenir un outil de résistance face au pouvoir en place. Lors des matchs du FC Rainfall, il n’est donc guère surprenant de voir autour du terrain des banderoles contestataires, des drapeaux de lutte et des chants critiques résonner depuis les tribunes. L'alliance du foot et de la punk attitude Bien que séparées par le temps, ces deux époques partagent une même essence: la résistance. Comme la PSSI de Soeratin, Rainfall et les Deer Troops se posent en antagonisme au football officiel en proposant des matchs à prix accessible, divertissants, sûrs, ouverts à tous sans distinction d'âge, de genre, ni barrière sociale. Ils veulent se démarquer des clubs affiliés à la fédération, jugés soumis à celle-ci, et englués dans le cercle vicieux de la commercialisation. Sans sponsors, FC Rainfall vit et se développe depuis environ deux ans dans le milieu du football alternatif. Propriétaires du club, les Deer Troops jouent un rôle central dans son évolution, chaque décision étant prise avec leur participation. L’argent ne fait certes pas tout, mais il est difficile de nier qu'on finit toujours par en avoir besoin. Ainsi, en plus des contributions collectives permettant de rassembler des fonds pour les besoins du club, les billets d'entrée pour les matchs du FC Rainfall sont vendus entre 15 000 et 20 000 roupies indonésiennes (NdT: entre 0,80 et 1 euro). Est-ce suffisant? La réponse est non. Pour subvenir à ses besoins et élargir son influence, le FC Rainfall a aussi lancé du merchandising et sorti des t-shirts et maillots, en collaboration avec des groupes musicaux – comme The Kuda, groupe punk de Bogor connu pour ses critiques sociales acerbes –partageant les mêmes frustrations et la même passion pour le football. Depuis Jakarta, le groupe Morfem, auteur du titre “Rayakan Pemanang”, a sorti deux maillots en partenariat avec le FC Rainfall, dont l’un est devenu un produit officiel lors de leur tournée au Japon, Terepooteshion Tour. Le groupe punk rock Dongker, de Bandung, a également collaboré avec Rainfall à l’occasion de la sortie de son album Ceriwis Necis. Les bénéfices de ces ventes financent toutes les activités du club, sur et en dehors du terrain. Ces collaborations ne visent pas seulement à couvrir les dépenses, mais aussi à faire connaître le club dans divers milieux. Et cela fonctionne: la popularité de FC Rainfall ne cesse de croître. Fédérer, nouer des liens Leur slogan, “Football Friendship Forever”, illustre aussi leur volonté de nouer des liens au-delà des frontières. Rainfall n’est pas seulement connecté aux clubs alternatifs indonésiens; il a également tissé des relations à l’étranger, notamment avec Shah Alam Antlers FC, club alternatif de Malaisie animé par les mêmes refus. Un déplacement du FC Rainfall en Malaisie a même été envisagé: une rencontre attendue entre deux clubs alternatifs voisins, unis par le même feu contestataire. Revenons au football comme outil de lutte. Nous savons que la fédération de football – aujourd’hui dirigée par Erick Thohir – fut à l’origine un instrument de résistance contre le colonialisme néerlandais. Le chemin parcouru par la PSSI est long: lutte contre la colonisation hier, lutte contre ses propres dérives aujourd’hui. C’est dans ce contexte que le FC Rainfall a vu le jour: par dégoût du football indonésien sous la tutelle de la PSSI. À l’heure où les rivalités toxiques pullulent, où la commercialisation prime et où des matchs sont truqués en toute impunité, Rainfall et ses “Cerfs” se dressent pour rétablir le football comme loisir populaire et outil de lutte. Leur objectif n’est pas la performance sportive, mais celle-ci n’est pas absente pour autant: le FC Rainfall a remporté plusieurs trophées dans diverses compétitions amateurs. Il participe régulièrement à des tournois alternatifs, dont l’un des plus importants est le MayDay Collective Football, organisé chaque 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs: un moment idéal pour célébrer le football alternatif et rallumer les braises de la contestation. Des clubs sont venus de Bandung, de Bogor, de Bekasi, de Tangerang, de Jakarta et d’ailleurs pour y participer. Lorsqu’en 2024 Bogor a accueilli l’événement, des milliers de fans ont célébré un football abordable, sûr et résolument contestataire. Beaucoup d’amateurs espèrent voir un jour la création d’une ligue officielle du football alternatif, réunissant des clubs comme FC Rainfall, Middleway, Urbanside, Kalibrug, Port City Wanderers, Fortress VB, FSV Metopen et bien d’autres. Au vu de l’engouement et du réseau qui s’étend entre clubs alternatifs à travers les villes d’Indonésie, une ligue amateur parallèle à la ligue officielle n’a rien d’impossible. Son objectif serait de rendre au football son rôle de divertissement sûr pour tous, et un espace de résistance contre les dérives de la fédération et du gouvernement, en écho à l’esprit de Soeratin dans sa lutte contre le colonialisme. “Faire résonner la voix de la résistance à travers le football” Mais tout dépendra des individus engagés dans ce mouvement alternatif. Chacun possède sa manière et sa stratégie pour exprimer son refus des abus dans le monde du football. Dès lors, une question demeure: jusqu’où le FC Rainfall et les clubs alternatifs indonésiens porteront-ils la colère de leurs supporters? Et quelle attention les acteurs du terrain accorderont-ils aux enjeux qui dépassent le rectangle vert? Pour conclure, je veux exprimer un souhait. À Bogor, ville des pluies imprévisibles, un ciel clair n’est jamais la garantie qu’il ne pleuvra pas. Bien au contraire: il arrive qu’un ciel radieux se transforme soudain en un déluge capable d’emporter tout sur son passage. Puisse le FC Rainfall devenir cette averse, une menace pour cette fédération gangrenée et ce gouvernement arbitraire. Puisse-t-il utiliser pleinement sa popularité comme levier de contestation et faire résonner toujours plus fort la voix de la résistance à travers le football. Pour que tout cela ne se réduise pas, à la fin, à un fanatisme sportif stérile, qui comme toujours finit par ne laisser que des larmes. Traduit du bahasa à l'aide de Deepl, relu et validé par l'auteur

Ni Dieu Ni Maître : L’histoire secrète de l’anarchisme mondial – Documentaire Politique - AT
15 avril 1989: La police responsable de la tragédie d’Hillsborough
Quatre ans après le drame du Heysel, où les hooligans de Liverpool avaient été pointés du doigt, le gouvernement Thatcher va se servir de cette tragédie, où 97 supporters ont perdu la vie, pour porter un sérieux coup répressif aux supporters les plus radicaux. Cette instrumentalisation et les mesures prises en réaction ont accéléré la restructuration libérale du football anglais et la bascule dans l'ère du football moderne. Il aura fallu attendre le 26 avril 2016, soit 27 longues années pour l’ensemble de la communauté des fans de Liverpool, pour voir la Justice anglaise rendre un verdict concernant la catastrophe d’Hillsborough, survenue le 15 avril 1989. Deux supporters décèderont après plusieurs années de coma, portant le nombre total à 97 victimes, dont la grande majorité sont mortes écrasées. On dénombrera aussi 766 blessés. Ce devait être une fête pour les fans de Liverpool, venus nombreux à Sheffield pour assister à cette demi-finale de Cup face à Nottingham Forest. Hillsborough, Sheffield, 15h06 Le coup d’envoi du match vient d’être donné et de nombreux supporters des Reds, en retard à cause des embouteillages, sont entassés aux abords de la tribune Leppings Lane End. Située côté ouest du stade Hillsborough, elle semble bien trop petite pour la foule qui continue d'affluer. La police du comté a décidé d’ouvrir une autre entrée pour fluidifier le passage. Mais l’accès en question mène aux gradins inférieurs (blocs 3 et 4) qui sont déjà surpeuplés, alors qu’il reste de la place à d’autres endroits. La pression exercée depuis les tunnels par plusieurs centaines de supporters compriment ceux déjà installés contre les grilles. Le même type de grilles installées quatre ans auparavant dans les stades britanniques. Il s'agissait alors d'une réponse sécuritaire au drame du Heysel, survenu le 29 mai 1985. Censé empêcher les envahissements de terrain et les déplacements entre les tribunes, le dispositif met littéralement les supporters en cage. Alors que le match est commencé depuis 6 minutes à peine, de nombreux appels au secours se font entendre depuis la tribune située derrière les buts de Bruce Grobbelaar. Le gardien des Reds exhorte alors les policiers à ouvrir les grilles. Des dizaines de supporters escaladent pour éviter d’être écrasés, mais beaucoup ne peuvent plus bouger. Dans la tribune, c’est l’asphyxie. On comprend vite qu’il y a des morts. Les flics tardent à réagir pour libérer les supporters de ce cercueil géant. Les journalistes continuent de prendre des photos. Certaines, terrifiantes, montrent des fans suffoquant, comprimés contre les grilles. Nombre de ces supporters qui ont pu s'extirper prodigueront les premiers soins aux victimes sur le bord de la pelouse. Face à l'ampleur du désastre en train de se dessiner, l’arbitre stoppe rapidement la rencontre. 30 years later La police, directement responsable de l’orientation de la foule vers la tribune surchargée, a cherché à se défausser en pointant du doigt l’indiscipline des supporters. On apprendra plus tard que les policiers ont retouché les procès-verbaux pour minimiser leur implication. Leur version sera goulument relayée par The S*n, tabloïd dégueulasse. Dans un dossier publié quatre jours après le drame, les supporters de Liverpool sont décrits comme des ivrognes qui en ont profité pour faire les poches des victimes. Cette insulte publique n’a toujours pas été digérée et ne le sera jamais. Le journal est depuis largement boycotté à Liverpool. Même si cette manipulation des faits n’a jamais vraiment convaincu, il aura fallu attendre 2009 pour que soit mise en place une commission d'enquête indépendante, chargée d'étudier minutieusement le déroulement du drame. Le rapport de 450 000 pages est rendu public en septembre 2012. Il est accablant pour les autorités policières de l'époque. Il provoquera les excuses publiques du premier ministre David Cameron et l'ouverture d'une nouvelle enquête. Elle conclura à la responsabilité de la police, coupable “de graves négligences”, et disculpera les supporters. C'est un soulagement pour les proches des victimes et la communauté du Liverpool FC, même s'il arrive bien tard. Ces résultats, ainsi que ceux de l'opération “Resolve”, chargée de déterminer s'il y a des responsabilités individuelles, ont réuni suffisamment d'éléments pour qu'un procès pour homicide involontaire ait lieu. Il s'est ouvert le 14 janvier 2019 au tribunal de Preston. Responsable des forces de police durant ce funeste 15 avril 1989 à Hillsborough, David Duckenfield est le principal accusé. Un premier verdict, rendu en avril 2019, l'acquittera. Drôle de cadeau d'anniversaire pour les 30 ans du drame. Quelques mois plus tard, cette décision sera confirmée en appel, traduisant le refus farouche, mais pas surprenant, de la justice anglaise de faire payer les responsables policiers. Rapport Taylor Un premier rapport, censé établir les causes de la tragédie d'Hillsborough, avait été commandé par Thatcher au “Lord of Justice”, Peter Taylor. La version définitive a été publiée en janvier 1990. Depuis les années 20, c’est le neuvième rapport portant sur la sécurité des stades et leurs abords. Taylor ne s’en doute peut-être pas mais certaines préconisations de son rapport vont jouer un rôle central dans l'avènement du football moderne. Après le Heysel, l’UEFA avait déjà annoncé sa volonté de supprimer les “terraces”, ces tribunes populaires où on assiste au match debout, plus bruyantes, plus festives et moins faciles à encadrer. Le Rapport Taylor recommande alors un vaste plan de rénovation des stades, afin de les équiper intégralement de places assises pour la saison 94/95. C'est une de ses 76 recommandations pour “sécuriser” les stades et porter un coup fatal au hooliganisme. Même si Taylor estime que le prix des billets doit rester abordable, ce plan de rénovation coûteux – plus d’un milliard de livres – va être le prétexte à une gentrification express et à l’exclusion des supporters les plus pauvres. Il faut ajouter à ce contexte le durcissement répressif, avec le “Football Spectators Act” de 1989. Des mesures d’interdictions de stade vont être prononcées à la pelle. Aujourd'hui encore, seuls les mémoriaux d’Anfield Road et d’Hillsborough, ainsi que les hommages annuels rendus par les supporters de Liverpool, rappellent à tous la tragédie et honorent le souvenir des victimes. Liverpool n’a plus jamais joué un 15 avril. La demande de justice des familles des victimes ne sera jamais satisfaite au sens espéré. Mais le peuple de Liverpool a toujours su dans cette histoire qu'il ne pouvait compter que sur lui-même. Durant plus de vingt-cinq ans, la communauté des Reds dut faire face aux soupçons et aux accusations sordides. Les conclusions des enquêtes ont au moins rétabli cette évidence: les fans des Reds, hooligans ou simple supporters, ne sont en rien responsables de ce qui s'est passé ce jour-là. Mais il reste une cicatrice qui ne se refermera jamais.

Pourquoi la transition écologique fâche-t-elle les campagnes ?
Les politiques climatiques suscitent une opposition particulièrement vive hors des grandes villes. Mais d’où vient ce mécontentement ? Et comment y répondre ?

Pia Sundhage, la meilleure coach du monde et le boycott de la Maison Blanche
En menant la sélection féminine suisse en 1/4 de finale de l'Euro 2025 disputé à domicile, Pia Sundhage a rempli sa mission. Plusieurs observateurs attribuent cette qualification historique à l'état d'esprit insufflé par la sélectionneuse suédoise à ses joueuses. Portrait d'une figure emblématique du football féminin international. Après avoir été à la tête de l'équipe nationale féminine du Brésil entre 2019 et 2023, Pia Sundhage a pris les rênes de la Suisse en 2024 avec l'objectif de bâtir un projet solide autour de l'Euro 2025. Affronter la sélection espagnole en 1/4 de finale est comme un cadeau, un appel à créer l'exploit. « Les joueuses ont davantage confiance en elles lorsqu'elles sont au top de leur forme », a expliqué Pia Sundhage qui applique les préceptes de management qui en ont fait une des toutes meilleures coachs de l’histoire du football féminin, à la même table que Jill Ellis et Sarina Wiegman. Son expérience fait autorité et la fédération helvète y a vu la figure idéale pour faire passer un cap à l’équipe. Originaire de la région de Göteborg, Pia Sundhage a le football dans les veines. Avant de devenir une coach incontournable, elle a été une des meilleures footballeuses du monde avec une carrière longue de 22 ans. Contrainte, jeune, de se camoufler derrière un prénom masculin pour pouvoir jouer au football, elle a honoré sa première cape en équipe nationale à seulement 15 ans. Avec ses 71 buts en 146 matchs sous le maillot suédois, elle a d'ailleurs longtemps été la meilleure buteuse de la sélection avant d'être détrônée par Hanna Ljungberg, puis Lotta Schelin. Auteure du tir au but victorieux lors de l’Euro 1984, elle est aussi connue pour avoir inscrit le premier but du premier match féminin joué à Wembley. « C’était énorme. Je me souviens de l’émotion d’être sur ce terrain légendaire. Marquer ce but a été un moment fort de ma carrière », a-t-elle raconté plus tard. « Je suis rouge! » Après avoir raccroché les crampons en 1996, elle rejoint le staff de la sélection nationale pour les grandes compétitions, avant de partir aux États-Unis, une des patries du football féminin. Là-bas, elle prend place sur le banc des Philadelphia Charge, puis des Boston Breakers. Elle y est élue “meilleure entraîneur de l'année” en 2003 et forge sa réputation. En novembre 2007, elle remplace Greg Ryan à la tête d'une sélection féminine américaine qui sort d'une décevante troisième place en Coupe du Monde, avec une petite humiliation subie face au Brésil en 1/2 finale. Pia Sundhage est alors apparue comme le visage d'une nécessaire révolution. Celle-ci se traduira par deux médailles d’or olympique (en 2008 à Pékin et en 2012 à Londres) et une finale lors de la Coupe du monde 2011, perdue aux tirs au but face au Japon. Ce que Pia Sundhage a construit aux States, c'est une équipe quasi invincible avec la statistique impressionnante de 91 victoires en 107 matchs, pour seulement 6 défaites. Triompher chez l'Uncle Sam est un paradoxe pour celle qui est connue en Suède pour une certaine proximité philosophique avec le Parti Communiste et son journal Proletären. Certains médias relèvent aussi qu'elle a déjà effectué un don de quelques milliers d'euros au Proletären FF, une équipe de football communiste de Göteborg. « Je suis rouge! », avait-elle d'ailleurs déclaré au média suédois Expressen. « Je ne crois pas au capitalisme. Je crois dans le fait de faire les choses en commun ». Pia Sundhage s'est aussi exprimée sans détour sur son homosexualité, ce qui en fait une voix qui porte pour la cause LGBTQ+ dans le sport. « Si les gens me posent la question, je réponds: “Oui, je suis lesbienne”, et c’est comme ça. Je n’ai jamais eu de problème à cause de cela… C’était difficile quand j’avais vingt ans en Suède, mais je m’en fichais. C’est moi. À prendre ou à laisser. » Une manière de ne laisser aucune prise aux conservateurs, une source de force, encore plus à la tête de la sélection américaine. « Pas son genre de papoter gentiment avec George W. Bush » Les succès de l'équipe nationale américaine lui vaudront d'être invitée à la Maison Blanche. Elle refusera une première fois de s'y rendre, invitée par George W. Bush avec l'équipe, après la victoire aux JO 2008. Elle s'offrira le luxe, trois ans plus tard, de récidiver en déclinant l'invitation de Barack Obama. « Qu'est-ce que j'irai faire là-bas? », avait rétorqué Sundhage à ceux qui l'avait questionnée à ce sujet. « C’est une décision facile, je ne suis pas intéressée, et je ne trouve pas cela amusant ». Serrer la main des présidents américains qui répandent la guerre en Afghanistan et en Irak, ce n'est pas trop la tasse de thé de cette immense fan de Bob Dylan. Ceux qui la connaissaient vraiment à l’époque n’ont pas été surpris. Pour Ivar Andersen, rédacteur du journal Dala-Demokraten, « c'est une socialiste convaincue, ce n'est pas son genre d'aller à la Maison-Blanche pour papoter gentiment avec George W. Bush. Pia connaît ses convictions politiques ». Des idées solidement ancrées à gauche qu'elle a su transposer dans le monde du football capitaliste avec un management réputé bienveillant, sécurisant et structuré. Pour tirer le meilleur des individualités, elle travaille beaucoup sur la confiance en soi. « J’essaie d’utiliser mon langage corporel pour souligner ce qui est positif. Je cherche les choses réussies, plutôt que de corriger constamment les erreurs », a-t-elle expliqué en 2011 dans une interview. Une pionnière Dans sa carrière, Pia Sundhage a su tirer le meilleur de joueuses aussi iconiques que Megan Rapinoe, Abby Wambach et Hope Solo aux États-Unis, ou encore Marta et Cristiane au Brésil. On lui reconnaît une grande capacité à gérer les égos et à fédérer autour de son projet. Elle privilégie les valeurs collectives, l’intelligence de jeu, et la progression mentale des joueuses, ce qui en fait une formatrice autant qu’une tacticienne. Un de ses outils est le ratio de “sept retours positifs pour une critique négative”. Ce qui ressemble sur le papier à une formule magique dérivée de la psychologie positive entrepreneuriale a pour effet de limiter la peur de l’erreur chez les joueuses et de débloquer la prise d’initiative. Ivar Andersen a plaidé dans une tribune pour que Pia Sundhage soit nommée sélectionneuse de l’équipe masculine. Mais même en Suède, le monde du football n'est pas prêt pour ce type de chamboulement. Pas encore.

Cartella Stampa · Keep the Internet free
Il 26 agosto 2026 il Dipartimento del Tesoro statunitense, tramite OFAC - l’ente che gestisce e applica sanzioni economiche e finanziarie -, ha sanzionato Autistici/Inventati (A/I), collettivo italiano che dal 2001 fornisce infrastrutture digitali a movimenti e attivisti: email, hosting, mailing list, chat, videoconferenze e altri servizi digitali che tutelano la privacy delle utenti. Washington lo ha designato come Specially Designated Global Terrorist (SDGT), sostenendo che avrebbe fornito appoggio economico, materiale o tecnologico al terrorismo e a organizzazioni già soggette a sanzioni. A/I respinge le accuse e ribatte che la propria attività consiste nell’offrire strumenti per l’autodifesa digitale e infrastruttura per la libertà di comunicazione.
Roberto De Zerbi, un idéal populaire dans le football capitaliste
Qui est Roberto De Zerbi, ce personnage singulier, dont la vision du football croise celle de la lutte des classes? Salim Lamrani lui a consacré une biographie, Le Football selon Roberto De Zerbi, (Marabout, 2025) qui retrace le parcours ce maitre du jeu offensif, qui a bâti au fil des années une pensée footballistique exigeante. Portrait d’un entraîneur qui a trouvé à Marseille une ville à son image. “Je suis venu ici pour le Vélodrome et pour battre le PSG, l’équipe qui représente le pouvoir. Moi, le pouvoir, je n’aime pas ça”, déclarait Roberto De Zerbi, entraîneur de l’Olympique de Marseille après la victoire de son équipe 1-0 contre le rival parisien, le 22 septembre dernier. Si cette réaction avait provoqué l’émoi d’une partie de la classe médiatique et des suiveurs de Ligue 1, c’est bien pour son caractère unique dans un milieu marqué par la pauvreté de la parole politique. En effet, se font de plus en plus rares les personnages aussi exposés qui se permettent de telles sorties, en rupture avec les discours formatés et éléments de langage habituels. Si RDZ invoque ici la lutte des classes comme allégorie de son opposition du soir, faut-il y voir une prise de position révolutionnaire pour autant? De Zerbi est avant toute chose un amoureux de football et de romantisme, comme il en existe peu. Salim Lamrani, son biographe, le compare à Marcelo Bielsa, icône du football sud-américain, passé lui aussi par le banc olympien. Moins adepte de la caisse réfrigérante, RDZ partage avec El Loco la passion, le caractère volcanique, et tous deux accordent une grande importance aux idées de code d’honneur et de parole donnée. Un trait de sa personnalité expliqué par son enfance, très influencée par les codes populaires de rue et le milieu ultra italien, surtout Bresciani. Les deux techniciens pratiquent un jeu inlassablement offensif, prêt à prendre tous les risques pour créer du jeu et donc de l’émotion chez le spectateur, souvent prolétaire. Certains comparent Roberto de Zerbi à un “Robin des Bois”, capable de donner de la joie et du bonheur à des gens qui en sont globalement privés par leur condition matérielle. Cela a guidé son choix de venir à l’OM, malgré des propositions plus juteuses dans des championnats plus excitants, sans faire injure à notre Ligue 1. À son arrivée dans le club phocéen, le natif de Brescia a très vite expliqué qu’il était ici avant tout pour la ferveur populaire du Vélodrome, cœur battant d’une ville ayant reçu une forte immigration et où le taux de pauvreté atteint dans certains quartiers 50%. Le football mis au service des classes populaires, c’est ça qui l’intéresse, c’est ce qui le pousse. Un fils du peuple en zone technique ‘Roby’ doit son attachement à la culture ultra, autant à ses origines sociales qu’à son contexte familial. Son père, responsable des tifosi de Brescia, lui a inculqué ces codes en le faisant participer dès l’enfance aux animations et tifos dans les tribunes du stade Mario-Rigamonti. Cette histoire a aussi facilité son adaptation à l’OM et au Vélodrome, porte d’entrée du mouvement ultra en France. Le 4 octobre dernier, à l’occasion du déplacement sur la pelouse messine, RDZ est apparu “looké”, avec la fameuse Goggle Jacket, veste à lunettes de chez CP Company, devenue au fil du temps vraie pierre angulaire du dressing d’un ultra, au Royaume-Uni mais surtout chez les tifosi transalpins. Au-delà de l’aspect footballistique, le coach phocéen a déjà exprimé publiquement ses positions politiques, ce qui reste rare à ce niveau. Dans un des entretiens ayant eu lieu pour la rédaction de sa biographie, il déclare “J’ai toujours détesté l’injustice. Je n’ai jamais accepté ceux qui se montrent forts avec les faibles. C’est une ligne rouge pour moi. Il faut se montrer fort avec les puissants, avec ceux qui ont le pouvoir, ou bien se taire. S’en prendre aux plus faibles est d’une lâcheté sans nom. Je sais ce que c’est que de se retrouver en situation de faiblesse”. Issu d’un milieu modeste, RDZ a connu la violence sociale étant jeune, notamment suite au licenciement abusif de son père ouvrier. C’est ce qui le poussera à vouloir faire du football sa profession, pour gagner son pain et sortir de la misère mais aussi pour rendre fier son père. Nous avons déjà compris son idée de transmettre aux gens qui souffrent, aux travailleurs, de la joie par le biais du football mais cette idée va en réalité plus loin. Grand admirateur de Diego Maradona, joueur du peuple et défenseur des opprimés, RDZ veut “rendre aux classes populaires leur dignité”, dignité volée par le capitalisme et l’exploitation. Ce qui lui fait un point commun avec la mère de Daniele De Rossi (sic!), qu’il a demandé à rencontrer suite à ses prises de paroles sur les réseaux sociaux se revendiquant ‘communiste’ et pour une répartition des richesses plus juste. Face aux contradictions du football moderne Sans pour autant lire Lénine ou s’investir dans des groupes révolutionnaires, De Zerbi fait un peu figure d’OVNI politique dans le monde du football. Même si ses sorties ne sont pas très fréquentes, ni aussi radicales qu’on pourrait l’espérer, le technicien incarne un contre-modèle, une rupture avec les prises de paroles lisses, aseptisées et frileuses auxquelles les acteurs du football nous ont habitués. Ceci étant dit, difficile de ne pas souligner les contradictions du coach marseillais. Comme lorsque le Bresciani a entraîné le Shaktar Donetsk, propriété de l’oligarque Rinat Akhmetov. Les propriétaires des clubs sont rarement des camarades diriez-vous, peut-on vraiment entraîner au très haut niveau sans avoir à travailler pour un milliardaire ou un fond d’investissement, tout aussi peu recommandable? Et que penser du fait que Mason Greenwood, accusé de violences conjugales et tentatives de viols par son ex-compagne Harriet Robson, ait été sa cible prioritaire pour son premier mercato à la tête de l’OM? Même si le joueur n’a pas été condamné, les vidéos sur internet et le rejet d’une grande partie des supporters des Three Lions quant à son retour en sélection en disent suffisamment sur le personnage. RDZ peut-il se permettre à un tel niveau de pression économique et sportive de se priver d’un joueur comme Greenwood? N’est-ce pas plutôt l’état-major olympien qui est à blâmer pour avoir laissé un tel joueur incarner l’institution sur le terrain? Mais alors, faut-il voir dans la posture de De Zerbi une opération de communication hypocrite? Difficile à dire, mais cela pose une question plus large: est-ce possible d’être de gauche aujourd’hui dans le football professionnel sans entrer en contradiction avec ses propres convictions, sans renoncer à ses idéaux? On peut conclure en citant Salim Lamrani: “Même s’il appartient à une classe ultra privilégiée, il est resté fidèle aux siens”. De Zerbi a, autant que possible, conservé un regard politique, une approche sociale, une mentalité ultra, dans ce milieu ultra-compétitif et hypocrite qui ne se préoccupe que très peu des intérêts des travailleurs et des minorités alors que l’odeur de l’argent devient nauséabonde. Sans en gommer les paradoxes, nous ne pouvons que saluer les prises de paroles rafraîchissantes du coach italien. Elles ont le mérite d’exister dans un océan de politiquement correct et de prétendu apolitisme.

Renée Greusard on Instagram: "Appel à une grève du climat. Qu’ils soient dans des cours à plus de 40degres ou en train de passer leur brevet dans un sauna gênant, ce qui se passe ce lundi pour les enfants français est une honte. Pourquoi ? Parce que cela fait 30 ans que les climatologues préviennent que nous courrons à une catastrophe. Et 30 ans que les gouvernements successifs disent “soyons raisonnable, il ne faut pas être catastrophiste” Cela fait aussi des années qu’on sait qu’il faut rénover les écoles. Le ministre en charge du sujet l’avait calculé en 2023 il fallait pour adapter les écoles : 52 milliards d’euros sur 10 ans et investir environ 5 milliards d’euros par an pour protéger les enfants. Cela n’a pas été fait. En revanche, on nous demande maintenant de garder nos « réarmements démographiques » à la maison ou de les envoyer passer la journée dans des fournaises de béton. Cette vision des enfants comme des moyens capitalistes ou des objets qu’on déplace nous révulse. Ou est le soin ? Parents, mettons nous en colère ensemble. Organisons une grève du climat pour qu’enfin de véritables mesures soient prises."
13K likes, 293 comments - reneegreu on June 21, 2026: "Appel à une grève du climat. Qu’ils soient dans des cours à plus de 40degres ou en train de passer leur brevet dans un sauna gênant, ce qui se passe ce lundi pour les enfants français est une honte. Pourquoi ? Parce que cela fait 30 ans que les climatologues préviennent que nous courrons à une catastrophe. Et 30 ans que les gouvernements successifs disent “soyons raisonnable, il ne faut pas être catastrophiste” Cela fait aussi des années qu’on sait qu’il faut rénover les écoles. Le ministre en charge du sujet l’avait calculé en 2023 il fallait pour adapter les écoles : 52 milliards d’euros sur 10 ans et investir environ 5 milliards d’euros par an pour protéger les enfants. Cela n’a pas été fait. En revanche, on nous demande maintenant de garder nos « réarmements démographiques » à la maison ou de les envoyer passer la journée dans des fournaises de béton. Cette vision des enfants comme des moyens capitalistes ou des objets qu’on déplace nous révulse. Ou est le soin ? Parents, mettons nous en colère ensemble. Organisons une grève du climat pour qu’enfin de véritables mesures soient prises.".

En finir avec le concept de pureté militante - Engrainage
Le concept de pureté militante fait débat. Le plus souvent il renvoie à une injonction à maintenir une ligne de conduite irréprochable au sein de groupes militants, souvent basée sur des normes de langage et de comportement. Un concept flou derrière lequel on retrouve de nombreux mécanismes sociaux comme des dynamiques de domination, d’exclusion ou encore d’individualisation des luttes. En parallèle, la pureté militante est aussi instrumentalisée. Elle est effectivement utilisée comme défense par les personnes accusées de comportements ou d’actions oppressives en affirmant que les critiques reçues s’assimilent à de la pureté militante. Ce qui induit notamment une certaine silenciation de la critique politique. Le manque de définition claire autour de ce terme empêche de nommer précisément les problématiques et de s’en saisir concrètement. Ce flou laisse place aussi à des abus d’utilisation voire de l’instrumentalisation.

La Première Guerre mondiale du point de vue des chevaux
Indispensables pour la cavalerie, l’infanterie mais également l’artillerie, pour tirer canons, munitions, vivres et hommes, les chevaux ont aussi façonné l'évolution de cette guerre de tranchées.

Marighella: O guerrilheiro que incendiou o mundo
Livro que inspirou o filme dirigido por Wagner Moura. O jornalista Mário Magalhães reconstitui a trepidante trajetória do revolucionário Carlos Marighella, militante do Partido Comunista Brasileiro e fundador da Ação Libertadora Nacional, o maior grupo armado de oposição à ditadura militar (1964-85). A vida de Carlos Marighella (1911-69) foi tão frenética quanto surpreendente. Militante comunista desde a juventude, deputado federal constituinte e fundador do maior grupo armado de oposição à ditadura militar - a Ação Libertadora Nacional -, esse mulato de Salvador era também um profícuo poeta, homem irreverente e brincalhão. Nesta narrativa repleta de revelações, o jornalista Mário Magalhães investiga as várias facetas do biografado. Em ritmo de thriller, reconstitui com realismo desconcertante passagens pela prisão, resistência à tortura, operações de espionagem na Guerra Fria e assaltos da guerrilha a bancos, carros-fortes e trem-pagador. Mas também recupera a célebre prova de física respondida em versos no Ginásio da Bahia e poemas de amor. A controversa vida de Marighella é também uma história dos movimentos radicais e da esquerda no Brasil e no mundo. Coadjuvantes de peso, que tangenciaram a vida do protagonista, povoam estas páginas: Fidel Castro, Getúlio Vargas, Che Guevara, Carlos Lacerda, Stálin, Luiz Carlos Prestes e Carlos Lamarca, além de figuras-chave da cultura, como os escritores Jorge Amado e Graciliano Ramos; os pintores Cândido Portinari e Joan Miró; os dramaturgos Augusto Boal e Dias Gomes; e os cineastas Glauber Rocha, Jean-Luc Godard e Luchino Visconti. Proclamado pela ditadura militar como seu inimigo número um, o guerrilheiro foi morto em uma emboscada policial em São Paulo, na noite de 4 de novembro de 1969. Esta biografia de tirar o fôlego apresenta informações inéditas sobre a trajetória de Marighella e o atribulado e apaixonante tempo em que ele viveu.

Interroger le mérite des champions, à l'école comme dans les stades
A l’heure où, à nouveau, des médailles sont distribuées aux champions olympiques et paralympiques, la question du sens de ces récompenses débouche sur des inte…

Municipales 2026 : LR, parti local pour le meilleur et pour le pire
Malgré leur affaiblissement sur la scène nationale, Les Républicains conservent un solide ancrage municipal. Cette solidité territoriale dissimule toutefois des tensions profondes : entre ralliements au centre, tentations d’alliance avec l’extrême droite et autonomie grandissante des élus locaux, la cohérence du parti est mise à l’épreuve. Émilien Houard-Vial, chercheur en science politique, analyse les enjeux de ce scrutin. Cet article s'inscrit dans une série d'articles consacrée aux élections municipales de 2026. Chaque publication associe un texte de chercheur et un reportage de terrain réalisé par un étudiant en journalisme. Aux côtés du texte d'Émilien Houard-Vial, retrouvez le reportage de notre étudiant Gibrile Belkebir consacré à la campagne de Louis Sarkozy dans la commune de Menton.